31 October 2026

Le deuil au refuge : ces animaux que nous n’oublions pas

Le deuil au refuge : ces animaux que nous n’oublions pas

Au sein de notre association Au Service des Animaux 06, nous accompagnons des animaux abandonnés, recueillis en fourrière ou secourus sur la voie publique. Certains resteront des années au refuge sans connaître de foyer. D’autres arriveront accidentés, parfois déjà condamnés, et nous devrons décider pour eux. Lorsqu’ils meurent, nous devons faire face à notre tristesse, mais aussi à ce que nous aurions voulu leur offrir et que nous n’avons pas pu.

Au refuge, nous avons fait le choix de faire incinérer individuellement tous nos animaux décédés, afin de conserver leurs urnes. Certains sont restés des années chez nous sans qu’une famille ne leur ouvre sa porte. Lorsqu’ils meurent au refuge, nous ressentons une tristesse particulière. Nous savons que nous avons fait tout ce que nous pouvions, mais nous savons aussi que ce n’est pas ce que nous voulions pour eux. Un refuge n’est pas un foyer. Nous pouvons leur apporter des soins, de l’attention et de l’affection, mais nous ne pouvons pas leur offrir cette vie auprès d’une personne qui les aime au quotidien.

« Nous aurions voulu qu’ils connaissent au moins un mois dans un foyer aimant, même si ce n’était qu’un mois avant de mourir. Ils auraient pu connaître autre chose que le refuge. »

Conserver leurs urnes, c’est leur donner une place dans notre mémoire. Ils ont existé, ils ont compté et ils ne seront pas simplement remplacés par un autre animal dans un box.

Notre association est également fourrière animale. Nous recueillons régulièrement des animaux accidentés ou décédés sur la voie publique. Parmi eux, les chats sont particulièrement nombreux. Certains arrivent vivants, dans un état très grave. Nous devons rapidement décider des soins à engager, parfois sans connaître leur propriétaire et sans savoir si quelqu’un viendra les réclamer.

Je pense à ce chat accidenté, récemment pris en charge par notre équipe. Nous avions suspecté une chute de balcon. Il a été opéré, nous avons tenté de le sauver, mais il n’a finalement pas survécu. Nous nous sommes demandé si nous avions bien fait. S’il aurait fallu le laisser partir plus tôt pour lui éviter de souffrir davantage. Ou si nous avions raison d’essayer, parce qu’une vie mérite que l’on tente de la sauver.

« Ce n’est pas facile pour nous non plus de devoir prendre des décisions à la place des propriétaires, alors que l’animal ne nous appartient pas. Nous ne le connaissons pas. Et pourtant, nous sommes là, à essayer de lui donner une chance. »

Parfois, c’est parce que nous l’aimons déjà que nous devons accepter de le laisser partir.

Je pense à Orca, une chienne dogo canario de sept ans. Nous l’avons fait opérer à deux reprises. Malgré nos efforts, elle est décédée d’un retournement d’estomac.

Je ne peux pas parler d’Orca sans que les larmes me viennent. Nous avons mis trois jours à accepter ce qui s’était passé. Elle était au refuge depuis des années. Elle n’avait jamais été regardée po ur une adoption. Son box était devenu le sien. Et lorsque nous l’avons perdue, nous avons eu énormément de mal à accepter qu’un autre chien y prenne sa place.

« Émotionnellement, nous ne voulions pas la remplacer. Mais d’autres chiens attendaient une place. Nous avons dû continuer, même si nous n’étions pas prêts. »

Nous faisons avec nos moyens financiers et humains. Nous aimerions offrir davantage de surveillance, de confort et de soins. Mais nous ne pouvons pas tout faire. Et lorsque la mort survient, nous avons parfois le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur, même lorsque nous avons tout tenté.

Lorsque nous retrouvons un animal décédé sur la voie publique, nous recherchons son propriétaire. Nous devons parfois annoncer sa mort au téléphone, répondre aux questions et expliquer les démarches d’incinération.

Certaines personnes pleurent et souhaitent venir voir leur animal une dernière fois. D’autres ne souhaitent pas se déplacer et choisissent une incinération collective. Je dois accepter que chacun vive son deuil différemment. Ne pas vouloir voir son animal après sa mort ne signifie pas nécessairement ne pas l’avoir aimé. Mais lorsque les personnes ne nous rappellent pas, nous ressentons quelque chose de très difficile.

« Nous avons parfois le sentiment d’être davantage responsables de leur vie que les personnes qui les ont connus. Nous nous demandons s’ils ont été aimés, si quelqu’un a pensé à eux. »

Pour les animaux que personne ne réclame, nous assumons leur prise en charge et leur incinération. Et nous avons cette sensation terrible qu’ils sont morts sans que personne ne les attende.

Toutes ces situations font partie de notre quotidien. Nous devons continuer à accueillir, à soigner et à trouver des financements pour les animaux qui attendent.

Avec les années, j’ai changé face à la mort. Je pleure différemment. Mais je ne m’empêche pas de pleurer lorsque cela vient.

Le deuil, pour nous, c’est tout cela : les animaux que nous avons connus pendant des années, ceux que nous avons secourus quelques heures avant leur mort, ceux que personne ne réclamera et ceux dont nous aurions tant voulu changer le destin.

Nous ne pouvons pas sauver toutes les vies. Mais nous pouvons essayer de leur donner des soins, de la dignité, de l’affection et une place dans notre mémoire. Et lorsque nous conservons leurs urnes, c’est aussi pour nous rappeler que, même s’ils n’ont pas eu de famille, ils n’ont pas été seuls jusqu’au bout.

Photo IA


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Author: Cécilia Fruleux