Du deuil animalier à la marchandisation de la vulnérabilité : un impensé juridique ?
Lorsque nous perdons notre animal – ou notre « enfant », notre « bébé » notre « cœur » notre « loulou, notre « chouchou » – nous entrons dans un état de vulnérabilité psychologique majeure. Hélas, la détresse émotionnelle constitue de tout temps un terreau fertile pour des pratiques douteuses, voire délictueuses, visant à instrumentaliser la souffrance affective à des fins financières. Cette fragilité est démultipliée lorsqu’il s’agissait du dernier compagnon du foyer, isolant totalement la personne dans son deuil.
Depuis quelques années, le deuil animalier fait l’objet d’une marchandisation croissante : il est devenu un véritable créneau commercial, parfois à la limite du « préjudice moral et financier ». Si certaines prestations relèvent d’un accompagnement personnalisé apprécié par les propriétaires, d’autres franchissent clairement le seuil de la tromperie et de l’abus de faiblesse.
Les dérives individuelles : la vulnérabilité de la personne endeuillée face aux infractions du Code pénal
Face à la perte, le propriétaire, le « pet parent » tend souvent à taire ou dissimuler sa détresse par crainte du jugement social (« ce n’était qu’un animal »). Or, cette vulnérabilité invisible laisse la porte ouverte à des individus peu scrupuleux, ce qui pourrait entrainer de l’abus de faiblesse et du dol et de l’extorsion de fonds sous prétexte d’empathie.
L’abus de faiblesse et le dol
L’ignorance ou le déni de cette fragilité par le législateur ou les autorités est problématique. En droit civil, le consentement donné sous le coup d’une détresse morale aiguë peut être vicié (article 1130 du Code civil pour le dol ou l’erreur). Sur le plan pénal, l’exploitation de l’ignorance ou de la situation de vulnérabilité d’une personne constitue le délit d’abus de faiblesse (article 223-15-2 du Code pénal).
L’extorsion de fonds sous prétexte d’empathie
La non-reconnaissance institutionnelle du deuil animalier accentue la solitude de la victime, la rendant encore plus hermétique aux signalements et aux recours juridiques.
Les dérivations collectives : la typologie des marchands d’espoir
Au-delà des actes individuels isolés, des structures et réseaux organisés exploitent méthodiquement cette brèche affective. Ce sont les « sauveurs » de l’âme et les « sauveurs » des souvenirs, sans oublier les fameux « vendeurs de rêves ».
Les « sauveurs »
Les sauveurs de l’âme
Proposant des rituels ou des consultations à la frontière du sectarisme, ces acteurs promettent un apaisement spirituel facturé au prix fort. L’absence de cadre réglementaire autour de ces prestations favorise l’exercice de pratiques commerciales trompeuses (article L. 121-2 du Code de la consommation).
Les sauveurs de souvenirs
Qu’il s’agisse de reliques, de moulages ou de services funéraires opportunistes couteux, la frontière entre l’hommage légitime et l’extorsion financière devient poreuse dès lors qu’il y a abus de la situation d’urgence émotionnelle.
Les « vendeurs de rêves » : la communication animale et le pseudo-ésotérisme
Promettre d’établir un contact télépathique avec un animal disparu moyennant rémunération s’apparente, sur le plan juridique, à une manœuvre frauduleuse destinée à persuader de l’existence d’un pouvoir imaginaire. De telles pratiques sont susceptibles de tomber sous le coup de l’escroquerie (article 313-1 du Code pénal), voire d’un exercice illégal de professions réglementées si des diagnostics comportementaux ou de santé y sont associés.
Conclusion : vers une reconnaissance institutionnelle et un accompagnement digne du deuil animalier
Il va de soi qu’il ne s’agit pas de jeter l’anathème sur l’ensemble des acteurs de ce secteur ou de céder à la généralisation. Bien au contraire, de nombreuses démarches s’avèrent empreintes d’une profonde sincérité, portées par des professionnels au vécu authentique – à l’instar des contributeurs de ce numéro spécial consacré au deuil animalier et à d’autres qui n’ont pas pu écrire un article à temps…
Néanmoins, face à la dérive marchande, il devient urgent d’instaurer un accompagnement officiel, pensé en priorité pour les plus vulnérables d’entre nous, à l’image des personnes âgées pour qui le lien fusionnel avec l’animal constitue souvent le dernier rempart contre l’isolement. Car si la douleur de la perte transcende tous les âges et toutes les conditions, la réponse sociale et institutionnelle ne peut demeurer inexistante.
Dès lors, la question de l’intérêt général et de la protection des citoyens se pose avec acuité : ne devrions-nous pas envisager la mise en place d’un service public de soutien au deuil, ou à tout le moins formaliser une synergie étroite entre les praticiens vétérinaires – sentinelles de la santé publique et du bien-être – et les autorités administratives ? Même si ce domaine relève par essence de la sphère intime, l’État et les collectivités territoriales ont le devoir de protéger les plus fragiles contre les dérives mercantiles, conciliant ainsi respect de la vie privée et impératif de protection des personnes
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Author: Lalia Andasmas
