Grands tétras et lagopèdes alpins enfin protégés : une victoire mais quatre espèces encore à sauver
Après des années de recours menés par One Voice, les grands tétras et les lagopèdes alpins, deux galliformes de montagne, quittent définitivement la liste des espèces chassables et rejoignent la liste des oiseaux protégés. C’est une victoire pour ces oiseaux et pour celles et ceux qui se battent pour eux. One Voice salue une décision de bon sens. Mais quatre autres galliformes de montagne, tout aussi fragiles, restent aujourd’hui dans le viseur des chasseurs.
A l’issue d’une consultation publique menée jusqu’au 4 août, l’arrêté retirant définitivement les grands tétras et les lagopèdes alpins (aussi appelés perdrix des neiges) de la liste des espèces chassables et leur accordant le statut d’espèce protégée, vient d’être publié au journal officiel.
Jusqu’ici, ces oiseaux ne bénéficiaient que de suspensions de chasse, arrachées une à une devant les juges et limitées dans le temps grâce aux efforts sans relâche de notre association et d’autres. Le classement parmi les espèces protégées est d’une autre nature : il interdit de manière pérenne de les tuer, de les capturer ou de les perturber – et il ouvre la voie à la protection de leurs habitats.
Pour les lagopèdes alpins, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) rappelle que la seule suspension de la chasse ne suffit pas pour enrayer leur déclin. Le grand tétras, lui, est une espèce parapluie : le protéger, c’est protéger avec lui des forêts anciennes tout entières et le cortège d’espèces qui y vit. La chasse n’était jamais qu’une pression de plus, ajoutée à la destruction et au morcellement de leurs habitats, au dérangement permanent lié aux activités humaines et touristiques, et au réchauffement climatique. Une pression de trop, pour un loisir.
Des années de tribunaux pour obtenir l’évidence
Rien de tout cela n’a été donné. Il a fallu attaquer, systématiquement, des autorisations préfectorales d’un cynisme absolu : quelques oiseaux à tuer par chasseur, pour des espèces que l’on savait au bord du gouffre.
Par une décision du 1er juin 2022, le Conseil d’État avait enjoint au ministre chargé de la chasse de suspendre la chasse des grands tétras pendant cinq ans ; l’arrêté du 1er septembre 2022 en a pris acte, jusqu’en 2027.
Le 2 mars 2026, saisi par One Voice aux côtés de la LPO et du Comité écologique ariègeois, le Conseil d’État a annulé le refus du ministère de la Transition écologique d’instaurer un moratoire et ordonné, là aussi, la suspension de la chasse des lagopèdes alpins pour cinq ans. Un ministère pourtant informé de la situation dramatique de ces oiseaux, mais qu’il a fallu contraindre par le juge.
Saisi de ces projets d’arrêtés, le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage a rendu, le 18 avril 2026, un avis défavorable à la protection des lagopèdes alpins. Là où les scientifiques du CNPN votaient à l’unanimité pour la protection, le lobby de la chasse s’est employé jusqu’au bout à défendre son droit de tirer sur une espèce en déclin.
Quatre autres galliformes de montagne toujours chassables
Cette victoire ne referme pas le dossier. Quatre espèces de galliformes de montagne demeurent inscrites parmi les espèces chassables, alors que leur état de conservation est défavorable ou que leurs effectifs continuent de baisser : la gélinotte des bois, le tétras lyre, la perdrix bartavelle et la perdrix grise des Pyrénées.
One Voice demande au ministère d’étendre sans attendre à ces quatre espèces la démarche qu’il vient enfin d’appliquer aux grands tétras et aux lagopèdes alpins.
Il est incohérent et inacceptable que des espèces fragilisées puissent encore être chassées pendant que l’on documente leur déclin.
Deux survivants des temps glaciaires
Les grands tétras vivent entre 1 000 et 1 800 mètres d’altitude, dans les forêts anciennes. Ces oiseaux massifs, qui peuvent peser jusqu’à quatre kilos, ont déjà disparu des Alpes dans les années 1990 ; seuls quelques noyaux de population subsistent dans le Jura, les Vosges et les Pyrénées. Coupes forestières, remontées mécaniques, fréquentation touristique, réchauffement climatique : ils s’adaptent mal à tout cela. Ils figurent sur la liste rouge française de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) avec le statut « vulnérable » ou « en danger » selon les régions.
Les lagopèdes alpins, ou perdrix des neiges, sont les ermites des sommets : ils vivent au-delà de 2 000 mètres, parfois jusqu’à 3 000. Leur plumage change avec les saisons – blanc l’hiver, brun tacheté l’été – pour les rendre invisibles. Ils nichent sous les pierres, se nourrissent de lichens, de graines et de bourgeons, et sont faits pour le vent, le froid et l’hostilité. Ce qu’ils ne supportent pas, ce sont les pistes de ski, le pastoralisme et les hélicoptères.
Ces deux espèces ont traversé les millénaires depuis les glaciations. Ce sont nos activités qui, en quelques décennies, ont fait vaciller leurs populations.
« Ces oiseaux ont failli disparaître pendant qu’on discutait de la quantité que l’on pouvait encore en tuer. Leur protection est une victoire, et nous la devons à des années d’acharnement devant les tribunaux. Mais nous n’allons pas nous en contenter : quatre autres galliformes de montagne sont encore chassables, et nous continuerons à saisir les juges aussi longtemps qu’il le faudra pour eux. » Muriel Arnal, présidente de One Voice
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Author: One Voice
