Canicules à répétition, incendies, sécheresse : la chasse doit être suspendue
Le Parti animaliste souhaite interpeller rapidement le gouvernement pour réagir face à l’ampleur des dernières catastrophes: incendies, sécheresse, canicules à répétition, qui ont épuisé les animaux sauvages.
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Tribune: “Canicules à répétition, incendies, sécheresse : pourquoi la chasse doit être suspendue”
A l’attention de:
– Monsieur le Premier Ministre Sebastien Lecornu
– Madame la ministre de la transition écologique Monique Barbut
– Madame la ministre de l’agriculture Annie Genevard
Canicules à répétition, sécheresse, incendies : pourquoi la chasse doit être suspendue
La France traverse une accélération des dérèglements climatiques qui bouleverse profondément les équilibres naturels. L’été 2026 s’inscrit dans une succession d’épisodes de chaleur extrême qui mettent à rude épreuve les écosystèmes, les ressources en eau et l’ensemble du monde animal et végétal.
Juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures. Selon Météo-France, la température moyenne nationale a atteint un niveau record, avec un épisode de canicule exceptionnel par son intensité, sa précocité et son extension géographique. Les 24 et 25 juin, la température moyenne nationale sur 24 heures a dépassé pour la première fois le seuil symbolique des 30 °C.¹
Ces épisodes ne sont plus des événements isolés. Le changement climatique modifie durablement les conditions de vie des espèces sauvages : augmentation des températures, raréfaction de l’eau, assèchement des milieux naturels, multiplication des événements extrêmes. La France s’est déjà réchauffée d’environ 1,9 °C depuis l’ère préindustrielle, à un rythme supérieur à la moyenne mondiale.²
Derrière les records de température, une autre réalité se joue : celle des animaux sauvages fragilisés.
Une nature déjà sous pression avant l’ouverture de la chasse
La sécheresse réduit les ressources indispensables aux animaux sauvages : points d’eau, végétation disponible, nourriture pour les jeunes individus. Les épisodes de forte chaleur contraignent de nombreuses espèces à modifier leurs comportements : limitation des déplacements en journée, recherche accrue des rares zones humides restantes, concentration autour des points d’abreuvement.
Les travaux scientifiques montrent que les changements climatiques affectent déjà la survie, la reproduction et les déplacements de nombreuses espèces animales sauvages. Les périodes de chaleur extrême augmentent notamment les risques de mortalité pour les jeunes animaux et aggravent les effets des autres pressions humaines exercées sur les animaux ainsi que sur le monde végétal.³
Dans ce contexte, maintenir une pression supplémentaire sur les populations animales interroge. La chasse constitue une double peine alors que les animaux sauvages doivent déjà faire face à des conditions environnementales exceptionnelles. Que l’on soit pour ou contre la chasse, l’urgence réside dans le principe de précaution qui impose au contraire de s’interroger sur la nécessité de leur accorder un répit.
Le droit permet déjà d’agir
Cette demande appelle à utiliser les outils juridiques existants face à une situation exceptionnelle.
Le préfet dispose déjà de compétences pour adapter les périodes de chasse en fonction des circonstances locales. Le Code de l’environnement prévoit notamment la possibilité d’intervenir sur les dates d’ouverture et de fermeture de certaines espèces, après consultation des instances compétentes.⁴
En 2022, lors d’une année marquée par une sécheresse historique et de graves incendies, des associations de protection des animaux avaient déjà demandé un report de l’ouverture de la chasse afin de tenir compte de l’état de fragilité des populations animales sauvages.⁵
Quatre ans plus tard, alors que les épisodes climatiques extrêmes deviennent plus fréquents et plus intenses, la question reste entière : peut-on continuer à appliquer les mêmes calendriers de chasse comme si les conditions environnementales n’avaient pas changé ?
La chasse ne peut pas être considérée comme une activité indépendante de l’état écologique des milieux
Le Parti animaliste est fermement opposé à toute forme de chasse, c’est un fait établi. Et aujourd’hui il est urgent de suspendre la prochaine saison de chasse pour toutes les raisons citées précédemment. Les épisodes climatiques extrêmes que nous connaissons modifient profondément les conditions de survie de nombreuses espèces et c’est un préjudice encore plus grave que constitue le fait de continuer à les chasser.
Lorsque les ressources alimentaires diminuent, que les points d’eau se raréfient et que les animaux doivent mobiliser davantage d’énergie pour survivre aux fortes chaleurs, chaque facteur de stress supplémentaire peut avoir des conséquences importantes sur leur état physiologique.
Les politiques publiques doivent désormais intégrer cette nouvelle réalité : la chasse ne peut plus être pensée comme elle l’était dans un contexte climatique stable. Elle doit prendre en compte les effets cumulés du dérèglement climatique, de la fragmentation des habitats et des activités humaines.⁶
Il ne s’agit pas d’opposer artificiellement les citoyens entre eux, mais de reconnaître que la protection des animaux exige parfois de prendre des décisions exceptionnelles face à des circonstances exceptionnelles et dans l’urgence quand des milliers d’animaux sauvages ont déjà été décimés en quelques semaines .
Des espèces chassées déjà fragilisées par les bouleversements climatiques
Les espèces aujourd’hui chassées ne sont pas épargnées par les conséquences du changement climatique.
Chez le chevreuil, les épisodes de sécheresse et les fortes chaleurs peuvent modifier la disponibilité de la nourriture végétale, affecter l’état corporel des animaux et influencer les capacités de reproduction. Les jeunes individus sont particulièrement vulnérables lorsque les conditions printanières et estivales réduisent les ressources alimentaires disponibles.7
Chez le cerf élaphe, plusieurs études montrent que les variations climatiques influencent la qualité des habitats, la disponibilité des ressources et la dynamique des populations. Les épisodes de chaleur extrême augmentent les contraintes physiologiques auxquelles les grands herbivores doivent faire face.8
Le sanglier, souvent présenté comme une espèce particulièrement résistante, n’échappe pas aux effets du climat : les sécheresses modifient la disponibilité des ressources alimentaires, notamment la production forestière (glands, faînes), ce qui peut influencer les déplacements, la reproduction et la survie des jeunes.9
Quant aux petits animaux chassés, comme la perdrix grise ou le faisan, ils sont fortement dépendants des conditions météorologiques pendant les périodes de reproduction. Les vagues de chaleur et la diminution des ressources alimentaires peuvent accroître la mortalité des jeunes.10
Ces éléments scientifiques invitent à une évolution de la gestion de la chasse : dans un contexte de dérèglement climatique accéléré, la priorité doit être donnée à la capacité des populations animales à se maintenir durablement, avant toute considération de gestion par abattage des populations.
Ce que demande le Parti animaliste
Face à cette situation, le Parti animaliste demande :
- la suspension de la chasse anticipée et le report de l’ouverture générale de la saison de chasse 2026-2027 dans les territoires les plus touchés par les épisodes de sécheresse, de canicule et d’incendies ;
- une évaluation indépendante de l’état des populations animales sauvages avant toute reprise de la pression cynégétique ;
- la mise en place d’un véritable plan d’urgence pour tous les animaux sauvages lors des épisodes climatiques extrêmes, comprenant notamment la préservation des zones refuges, la protection des milieux humides et une meilleure prise en compte des besoins en eau des animaux sauvages.
Le Code de l’environnement donne déjà aux autorités les moyens d’adapter les décisions relatives à la chasse lorsque les circonstances locales le nécessitent. La question n’est donc pas celle de l’absence d’outil juridique, mais celle de la volonté politique de l’utiliser lorsque le contexte l’impose.
Accorder un répit aux animaux sauvages
Pendant longtemps, la question climatique a été abordée principalement sous l’angle humain : santé publique, agriculture, ressources en eau, économie. Mais la crise climatique est aussi une crise du monde animal.
Les animaux sauvages subissent eux aussi les conséquences d’un dérèglement dont ils ne sont pas responsables. Leur imposer une pression supplémentaire alors que leurs conditions de survie se dégradent pose une question simple : quelle place voulons-nous réellement leur faire dans notre société ?
Suspendre la chasse dans les territoires les plus fragilisés ne serait pas une mesure idéologique. Ce serait une mesure de bon sens, fondée sur la réalité écologique du moment et sur l’application du principe de précaution.
La protection des animaux sauvages ne peut pas attendre que les populations animales soient durablement affectées. Face aux bouleversements climatiques, il est temps d’adapter nos pratiques et de reconnaître qu’un répit accordé aux animaux sauvages est aussi un investissement pour l’équilibre de tous les écosystèmes.
Bibliographie complète
1 Météo-France – Bilans climatiques et épisodes de chaleur extrême en France.
2 Météo-France – Climat en France – Évolution des températures moyennes et réchauffement observé depuis l’ère préindustrielle.
3 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – Sixième rapport d’évaluation – Groupe de travail II : impacts, adaptation et vulnérabilité, 2022.
4 Code de l’environnement – Articles relatifs aux périodes d’ouverture et de fermeture de la chasse et aux compétences préfectorales : articles L.425-15 et R.424-4 à R.424-8.
5 ASPAS – Demandes de report de l’ouverture de la chasse en 2022 dans le contexte de sécheresse exceptionnelle et d’incendies.
6 Office français de la biodiversité (OFB) – Travaux et ressources sur les impacts du changement climatique sur la biodiversité et la faune sauvage.
7 Office français de la biodiversité (OFB) – Ressources sur la dynamique des populations de cervidés et l’impact des changements environnementaux.
8 European Environment Agency (EEA) – Climate change impacts on biodiversity and ecosystems in Europe.
9 Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) – Travaux sur le sanglier, les ressources forestières et les effets du climat.
10 Office français de la biodiversité (OFB) – Suivis et données sur les espèces de petit gibier et leurs facteurs de variation.
11 Ministère de la Transition écologique – Réglementation de la chasse et pouvoirs de police administrative du préfet.
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Author: Sandra Krief
