5 November 2026

Le crépuscule de mon soleil

Le crépuscule de mon soleil

La date de la fin du voyage se rapproche cruellement…

J’ai l’impression cette semaine de traverser un couloir de la mort…
J’aurais pu attendre qu’il n’en puisse plus pour m’y résoudre… J’aurais pu reculer l’échéance de ce voyage que je ne pourrai faire avec Lui…

Mais je me bats, je résiste à ne pas me résoudre à faire subir à une personne âgée de l’acharnement thérapeutique alors que son corps est épuisé. Puisque je le sais condamné, je ne cesse de me répéter l’adage : il vaut mieux une semaine trop tôt plutôt qu’un jour trop tard.



Cette semaine de septembre, j’ai organisé le départ d’un Roi, cérémonie, invités, pompes funèbres et planification de l’épandage de ses cendres dans le lieu magique dans lesquels tous les deux nous avons constitué notre troupeau, entre rivière, forêt, renards et écureuil…  Mais j’ai aussi planifié la suite pour sa compagne avec qui aussi j’irai jusqu’au bout et qui affronte les démons de la vieillesse.

Cette semaine l’angoisse et les larmes ne m’ont jamais quittées…  

Honorer chaque crépuscule et chaque aube jusqu’au dernier en bénissant les cieux de ces cadeaux précieux.

Puis le vint la veille, le jour de la cérémonie. Je me rends compte que finalement ce temps qui nous est offert est une bénédiction. Il est inconcevable d’avoir passé une vie entière à le protéger envers et contre tout ce de monde dans lequel seuls les intérêts humains comptent, et de voir son trépas m’échapper et réduire à néant ces années de combats et d’amour.

Prendre le temps de ritualiser le passage apaise le cœur au fur et à mesure que la fumée de la sauge s’envole. L’espace sacré créé un lien encore plus fort et inconnu.
La préparation au dernier voyage le dernier soir est une bénédiction apaisante.
Nous l’encerclons, le regardons manger ses poires. Il le sait, il le sent qu’il est aimé et qu’un voyage l’attend. Il a ce que regards qu’on les vieux sages lorsque sonne le moment du retrait. J’ai le sentiment que lui aussi a pu profiter de ce répit pour se préparer. Cette soirée est exceptionnellement douce et solennelle. On pourrait même lui donner une odeur.

Le rituel est précieux il crée pour toujours de la beauté, de la magie et des souvenirs du dernier soir.

Le lendemain mon Sun a rejoint ses ancêtres, couronné de fleurs blanches, libéré des maux de la terre… Entourés, d’âmes sœurs et de sa ponette, dans le creux de ma main, il rendit son dernier souffle, le gout des poires juteuses dans la bouche, bercé par le son du koshi et du chant des oiseaux, un léger vent dans sa crinière.

Tout comme j’ai pu oindre mon Père l’année dernière, de l’onction sacrée des Myrrhophore, j’ai pu oindre mon cheval de nard, de rose et de myrrhe pour le dernier voyage… Pour le dernier soupire.

Puis sa ponette veilla sur son corps drapé de blanc toute une nuit durant, avant qu’à l’aube je vins l’emmener dans sa nouvelle demeure ou continuons ensemble le chemin. Et puis je m’allongeais en face de lui en attendant le camion blanc, celui que je ne pourrais pas suivre. Mon Sun pour la première fois en 18 ans, voyagea seul, sur ce chemin qui lui appartient.

Un mois après, les pompes funèbres Horsia me restituèrent les cendres de Sun Dancer. Je les gardais deux semaines avec moi avant de retourner en Suisse avec mon mari l’enterrer dans ce lieu magique qui nous a vu nous épanouir. Ce jour, là, de belles âmes nous accompagnèrent. Revoir ce lieu me saisit de nostalgie, mais surtout m’a permis de mesurer quelle belle vie nous avons eu. Porter les cendres jusqu’au pied de l’arbre témoin de tant de bonheur et joie. Creuser la terre, en prenant soin des racines et des créatures, pour y verses les cendres de Sun Dancer, que nous recouvrîmes de branches, de feuilles, de noix puis, de terre avant d’y déposer nos bouquets de fleurs. Et sur cet arbre que des années auparavant nous avons délivré des fils de fer qui le serraient, nous avons déposé une plaque en bois à la mémoire de Sun Dancer.

Au moment où je compris qu’un cycle entier venait de s’achever, le vent souffla au-dessus de ma tête, et les branches du noyer chantèrent encore à lumière des feuilles d’automne. Je ne ressens à cet instant que de la gratitude et accomplissement. A cet instant, moi aussi j’achevais un passage, celui de la gardienne de chevaux, à celui la doula pour chevaux. Sun, je saurai honorer ton âme comme je l’ai honoré toute ta vie et je ne cesserai jamais de chanter la mémoire du cheval merveilleux qui tu es.

En Mémoire de Sun Dancer, cheval au cœur tendre, 15 avril 1995 – 14 septembre 2026.


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Author: Rebecca Fortuné Jeanson