6 October 2026

Violette, une vie volée, une justice questionnée 

Violette, une vie volée, une justice questionnée 

Le 14 octobre 2025, un poilu à quatre pattes a encore subi des violences de la part d’un humain, entraînant sa mort. Il s’agit de Violette, une chienne de race American Bully âgée de 8 ans.

En l’espèce, Violette avait été adoptée en août 2025 à la SPA Les Amis des Bêtes, au refuge de Jouvence en Côte d’Or (21), par une famille, après y avoir passé six mois.

Deux mois plus tard, un soir d’octobre, alors que le jeune enfant de la famille d’adoption, âgé de 4 ans, lui apportait à manger, cette dernière l’aurait pincé. Le père de l’enfant aurait entendu les cris et se serait déchaîné sur Violette en lui assénant un coup de poing très violent. Il l’aurait ensuite attachée à sa laisse, en la traînant de la cuisine au jardin, et l’aurait suspendue au toboggan. Ce n’est qu’après avoir fait cela qu’il aurait contacté le refuge pour signaler la morsure. Un membre se serait, immédiatement, rendu sur place et y aurait découvert Violette sans vie toujours attachée au toboggan.

Le bourreau de Violette était un sexagénaire ayant pratiqué la boxe pendant près de quarante ans, on ne peut qu’imaginer la violence du coup porté à Violette.  

La SPA Les Amis des Bêtes a déposé plainte, conduisant à l’ouverture d’une procédure judiciaire. L’ancien boxeur a alors été placé en garde à vue.

Le 19 mars 2026, l’audience s’est ouverte devant le tribunal correctionnel de Dijon. À l’audience, le prévenu reconnaît avoir porté un coup particulièrement violent à Violette, qu’il affirme être à l’origine de son décès. Il conteste, en revanche, avoir fait tourner la chienne au bout de sa laisse ou l’avoir étranglée. Il invoque également la légitime défense, affirmant avoir voulu protéger son fils. 

Le substitut du procureur avait requis la relaxe. Selon les éléments rapportés à l’audience, l’autopsie n’aurait révélé aucune trace de strangulation ni de lésion permettant d’expliquer précisément le décès de Violette. Le prévenu a finalement été relaxé par le tribunal correctionnel de Dijon.

Mais l’affaire connaît un nouveau rebondissement : le procureur de la République de Dijon, Olivier Caracotch, a interjeté appel de ce jugement. Un appel particulièrement rare dans ce type de dossier.

La suite de l’affaire est désormais imminente : l’audience en appel est annoncée pour le 9 octobre 2026.

Cette nouvelle audience sera également déterminante quant à la qualification juridique des faits. En effet, si ceux-ci étaient retenus comme des sévices graves ou des actes de cruauté ayant entraîné la mort de Violette, l’article 521-1 du Code pénal prévoit une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. Le fait que l’auteur soit le propriétaire ou le gardien de l’animal, ainsi que la commission des faits en présence d’un mineur, constituent également des circonstances aggravantes.

L’affaire ne s’arrête pas au tribunal. Afin de soutenir le refuge dans cette procédure, l’association L’Ameute a notamment organisé une soirée caritative chez Monsieur Moutarde à Dijon, le 25 septembre dernier afin de récolter des fonds. Concerts, créations artistiques et tombola ont rythmé cette soirée destinée à réunir les défenseurs de la cause animale autour de Violette.

Cette affaire est le reflet d’un cri silencieux traduisant une protection insuffisante. En effet, elle conduit à s’interroger sur l’effectivité de la protection juridique accordée aux animaux de compagnie. Si le droit français s’est considérablement renforcé ces dernières années, notamment avec la loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale et à conforter le lien entre les animaux et les hommes, certaines limites demeurent. La mise en place d’un permis de détention, ainsi que la création d’un fichier national recensant les personnes condamnées pour des faits de maltraitance animale, pourraient notamment constituer des pistes de réflexion afin de prévenir la réitération de tels comportements.

Cette affaire soulève également des questions qui dépassent la seule protection de l’animal. Elle interroge également les conséquences psychologiques que peuvent avoir de telles violences lorsqu’elles sont commises devant des enfants. À seulement 4 ans, un enfant construit une grande partie de sa perception du monde à travers son environnement familial. Il observe, reproduit et intériorise les comportements des adultes qui l’entourent. Dès lors, quel message une telle scène peut-elle transmettre à un enfant ? Comment peut-il comprendre la violence lorsqu’elle est exercée par une figure parentale ? Quelles conséquences psychologiques une telle scène peut-elle avoir, aujourd’hui mais également dans les années à venir ? Et existe-t-il un risque que l’enfant finisse par banaliser la violence envers les animaux ? Autant de questions qui méritent d’être posées, alors que la protection de l’animal et celle de l’enfant semblent ici étroitement liées.

Avant son adoption, Violette avait déjà connu un parcours difficile. Après plusieurs années passées en fourrière et alors qu’elle avait été retrouvée dans un état très dégradé, elle avait été prise en charge par le refuge de Jouvence. Durant les mois passés au refuge, elle avait progressivement retrouvé un cadre stable. Les bénévoles la décrivaient comme une chienne affectueuse et équilibrée, particulièrement appréciée au sein du refuge. Son adoption en août 2025 devait ainsi marquer le début d’une nouvelle vie. Deux mois plus tard, Violette était morte.

En espérant que Violette ne reste pas un nom parmi tant d’autres. Que son histoire permette de tirer les conséquences nécessaires. Et qu’elle puisse, peut-être, contribuer à faire évoluer le droit pour que d’autres animaux n’aient pas à subir ce qu’elle a subi. N’oublions pas que derrière chaque affaire de maltraitance, il y a une vie, une souffrance et, parfois, une histoire qui aurait pu être différente.


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Author: Chloé Olard