17 August 2026

Incendies et chasse – 15 août journée funeste

Incendies et chasse – 15 août journée funeste

94% des incendies sont d’origine humaine. Les incendies détruisent les habitats de la faune sauvage, notre source d’oxygène et de captation du carbone. La chasse tue la faune sauvage et met en péril des vies humaines. Certaines activités humaines dégradent notre environnement vital y compris lors des canicules et des sécheresses qui fragilisent notre environnement. Des choix s’imposent entre l’essentiel et le superflu, entre l’utile et le plaisir, entre le vital et le profit. L’inaction aura un effet boomerang dévastateur, le changement climatique c’est maintenant. 15 août, journée funeste pour la faune sauvage et pour les non-chasseurs.

C’est une nouvelle journée d’ouverture de la chasse. Entre l’ouverture de la période complémentaire, de la chasse anticipée, de la chasse des oiseaux, de la chasse d’été ou tout autre libellé artificieux avant l’ouverture générale puis les périodes de prolongation, la mitraille de la chasse-loisir est incessante. Avec les incendies, les canicules, la sécheresse, les êtres vivants souffrent mais le loisir de mort ne renonce pas ce 15 août 2026.

La ritournelle de la régulation persiste alors que plus personne n’ignore que ce sont les chasseurs qui font proliférer certaines espèces pour maintenir leur loisir : « pas de gibier, pas de chasse » scande la fédération nationale des chasseurs.

En 1941 les fédérations des chasseurs avaient pour objectif la prolifération du gibier pour leur sport. Depuis, les élevages de gibier remplacent le gibier sauvage, le prétexte fallacieux de la régulation entretient un système sous perfusion d’argent public pour une minorité qui s’approprie le Bien commun : la faune sauvage et ses habitats.

La chasse est redevenue une activité de pouvoir, de classe, de richesse et de domination. Les gros propriétaires décident du sort des animaux sauvages, res nullius, Patrimoine commun de la Nation et se l’approprie au mépris des droits des non-chasseurs.

La chasse est devenue une activité commerciale qui gère sa ressource de façon rationnelle avec le comptage des animaux et les quotas de mises à mort, la reproduction en milieu naturel ou en captivité, les lâchers sur les terrains de chasse, les aménagements cynégétiques des postes d’affût et de nourrissage, l’exploitation de la venaison.

Beaucoup de propriétaires ont choisis de prioriser la chasse sur la sylviculture moins rentable. La reproduction du gibier, y compris en élevage, est plus rapide que le renouvellement forestier même avec des résineux à croissance rapide. Chasse et sylviculture sont difficiles à concilier, l’équilibre entre le gibier et les arbres de rapport est difficile à maintenir. La chasse durable oscille entre quotas à tuer et reproduction naturelle compensée par l’élevage ou la réintroduction permettant la poursuite de la chasse. Suspendre la chasse en cas de raréfaction du gibier est rarement envisagé.

A Chambord le domaine sert de reproduction pour réintroduction : « Parallèlement à la chasse, les cerfs sont aussi capturés dans le but de les réintroduire sur d’autres sites ».[1]

La chasse durable est un élément de langage fallacieux : la régulation des espèces ne sert qu’à maintenir le loisir de la chasse, notamment l’absence de contrôles relatifs aux sangliers, leur nourrissage, les bracelets, la reproduction, les lâchers. L’échec des lâchers de repeuplement de petits gibiers est constaté. Parmi les espèces chassables en France plusieurs sont en danger alors qu’elles sont épargnées par nos voisins européens.

La France est le pays européen qui tuent le plus d’espèces à la chasse.

Or, elle est détournée au profit des intérêts privés de la chasse-loisir. La volonté de maîtriser le vivant s’exerce en catégorisant, espèces chassables ou protégées, en rationalisant par des quotas et des plans de chasse, en manipulant les espèces par les élevages de gibier et les réintroductions, en éliminant les concurrents des chasseurs par des stigmatisations telles que nuisibles, malfaisants ou susceptibles d’occasionner des dégâts, en s’appropriation des espaces naturels aux seuls profits des humains. Les incendies ne font pas que détruire les habitats et leurs habitants, ils participent au dérèglement climatique.

La faune sauvage est la plus impactée par les incendies pourtant elle n’est pas reconnue comme victime. Les sinistrés humains et les intervenants luttant sur le terrain contre les incendies peuvent s’exprimer mais pas les animaux sauvages brûlés vifs, survivants blessés ou rescapés.

Déjà, les humains s’organisent pour la suite : reconstruction, réparations, préventions pour l’avenir avec finances publiques. Mais aucune leçon n’a été tiré des incendies de 2022 !

Nos écosystèmes sont fragiles face au changement climatique. Ces vulnérabilités doivent surtout nous rappeler l’urgence de faire évoluer nos pratiques. Restaurer massivement les capacités des milieux naturels à jouer leurs rôles tampons, préserver les cours d’eau, leurs zones humides et leurs continuités écologiques est aussi une réponse aux sécheresses. Les réponses aux incendies privilégient souvent la replantation mais d’autres choix sont possibles voire nécessaires.

Les habitats de la faune sauvage brûlés par les incendies ou abattus en urgence pour faire des pare-feux ainsi que les clôtures empêchant la fuite ont des conséquences : les oisillons, les petits vivants en terriers, la petite faune, les insectes, la micro-faune et tous les éco-systèmes protégeant leur survie sont détruits. La reproduction est compromise, les feux souterrains restent un danger sur le long terme.

L’émotion ne doit pas occulter le débat de fond sur les causes comme sur les réponses à apporter au-delà du volet sécuritaire.

Les usages de la forêt sont révélateurs d’inégalités sociales. Or, l’avenir concerne l’ensemble des citoyens, les pertes économiques ne doivent pas occulter les conséquences sur la qualité de l’air, sur la santé, sur le bien-être de la population et sur les conséquences climatiques. L’utilisation des finances publiques ne peut plus être un simple choix politique mais devient un choix de société, les revendications des secours aux incendies soulignent cette nécessité. La question se pose également entre planter des résineux hautement inflammables ou préserver des forêts résilientes, respecter l’environnement et la faune sauvage ou privilégier un loisir mortel.

Les arbres comme les incendies modifient le sol, le vent, l’évaporation, le microclimat. Les incendies se propagent aux propriétés voisines. La gestion des évacuations de la population, des routes d’accès, des moyens de prévention, de la restauration de ce qui a été détruit, des dépenses publiques, des assurances, concernent l’ensemble des citoyens.

Le bien-être de la population est aussi fondé sur les paysages forestiers, sur la protection de l’environnement et de la biodiversité.

Le bien-être humain et la protection forestière sont pris en considération dans la règlementation mais la faune sauvage n’est qu’une variable d’ajustement !

Des textes nationaux, constitutionnels et internationaux encadre le bien-être de la population et l’environnement.

Le code forestier reconnait l’importance des paysages boisés pour la préservation des espèces animales ou végétales, de l’écosystème ainsi que pour le bien-être de la population. Le paysage est une composante juridique du bien-être individuel et social. La Constitution énonce le principe que l’environnement est le Patrimoine commun des êtres humains et que chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.

Des directives et conventions internationales ratifiées par la France établissent des principes fondamentaux. Une protection adéquate de l’environnement est essentielle au bien-être de l’homme ainsi qu’à la jouissance des droits fondamentaux, y compris du droit à la vie lui-même, à un environnement assurant la santé et le bien-être de chacun.

Chacun a le droit de participer aux décisions ayant un impact sur l’environnement.

Les Plans régionaux de la forêt et du bois (PRFB) ont engagé les territoires pour 10 années. [2]

Le public a peu participé puisque les consultations publiques ont été invisibilisées. Il conviendrait de s’interroger sur les choix qui ont été faits sur les espèces d’arbres choisies, sur la prévention des incendies puisque manifestement des grandes plantations de résineux hautement inflammables et l’absence de pare-feu participent aux catastrophes non naturelles qui se produisent de plus en plus. Les méga-feux étaient prévisibles !

Après les incendies de 2022, déjà insuffisamment anticipés, la loi du 10 juillet 2023 relative à la prévention des incendies n’a pas produit les effets attendus en cette année 2026. D’ailleurs une consultation publique vient d’être close en 2026 en application de la loi de 2023 sur les projets de zones coupe-feu avec seulement 47 contributions. [3]

Un rapport de l’IGEDD a été rendu en janvier 2026 suite à l’incendie dans l’Aude en 2025. [4]

Il ne contient pas un mot à propos de la faune sauvage conformément à la lettre de mission ministérielle qui avait débloque 7 millions d’euros.

La Mission reconstruction et adaptation des territoires (MRAT) dédiée aux zones touchées par les feux de forêt et de végétation vient d’être créée mais la faune sauvage sinistrée semble toujours autant absente. [5]

Dans l’Aude en 2025 il y a eu environ 10 millions d’animaux morts sans aucune indication sur les espèces chassables, ni interdiction de la chasse. En janvier 2026, un arrêté préfectoral interdit l’accès aux zones boisées sinistrées tout en autorisant les battues de l’ACCA au sanglier et chevreuil.

Cette année une forte mobilisation associative et citoyenne demande une suspension immédiate et un moratoire. La chasse peut être source d’étincelles puisque les ricochets sont extrêmement fréquents comme l’indique les informations cynégétiques. La période à risques d’incendie n’est pas terminée. La faune sauvage souffre de la sécheresse, des canicules, du manque d’eau et de nourriture, leur habitat dépérit et disparaît dans les incendies. La demande citoyenne concerne aussi un moratoire puisque les conséquences de la situation climatique 2026 va se poursuivre sur plusieurs années sans compter les animaux impactés par les fumées toxiques et les blessés qui vont succomber ainsi que les difficultés de reproduction. Le gouvernement renvoie les décisions aux préfets. Les préfets devront répondre. [6]

La faune sauvage n’appartient ni aux chasseurs, ni aux forestiers, ni à l’Etat, sa protection est un objectif constitutionnel majeur. Chacun a le droit de vivre dans un environnement propre à assurer sa santé et son bien-être. Tout citoyen a le droit de participer aux décisions ayant un impact sur l’environnement et de demander des comptes à l’administration de l’usage des finances publiques. Ces droits fondamentaux sont prioritaires face au loisir de la chasse.


[1]https://www.chambord.org/fr/histoire/le-milieu-naturel/la-gestion-du-parc-de-nos-jours/

[2]https://outil2amenagement.cerema.fr/outils/programme-regional-la-foret-et-du-bois-prfb

[3]https://www.banquedesterritoires.fr/prevention-des-feux-de-forets-le-dispositif-de-coupures-agricoles-en-consultation

[4]https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/016411-01_rapport_publie_cle5fee14.pdf

[5]https://www.info.gouv.fr/upload/media/mixed/0001/17/8808d14a224388d9fb70da6c386fa4c657414265.pdf

[6]https://www.aspas-nature.org/feux-canicules-secheresse-laspas-interpelle-44-prefets-pour-demander-une-suspension-de-la-chasse/


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Author: Des citoyens non-chasseurs