Le langage des oiseaux
Mantiq at-Tayr : la conférence (cantique) des oiseaux de Farid Al Din Attâr 1177
Le langage des oiseaux dont le titre s’inspire du Coran et de la sourate des fourmis verset 16 « et Salomon hérita de David et dit « Ô homme, on nous a appris le langage des oiseaux et on nous a donné part de toute chose, c’est vraiment la grâce évidente». Il est fait don à l’homme de ce langage d’initié dont le décodage va ouvrir la voie initiatique de Sa propre légende personnelle à la recherche de son âme oubliée. Langage universel pour tous les habitants du monde. L’âme emprisonnée dans sa cage de l’oubli va s’envoler afin de se souvenir de sa véritable nature divine. L’atome revient à son origine atomique.
Les oiseaux se rassemblent afin d’élire un roi. La huppe qui est la plus expérimentée en matière de spiritualité leur parle du Simorgh. « Il est le plus proche de nous et dont nous sommes éloignés ». C’est une invitation à plonger au plus profond de nous-même et faire face à l’Inconnu.
Le Coran (27,20) parle de cet oiseau comme ayant joué le rôle de messager entre Salomon et la reine de Saba. Un message spirituel envers l’homme en quête du pays réel de son âme.
Il était une fois, un poète apothicaire dont les remèdes et potions étaient des mots, des parfums, des récits qui soignaient les corps mais surtout les esprits perdus en eux-même. Il emmenait les malades exilés de leur âme vers leur véritable nature oubliée et reléguée dans les ténèbres de l’ombre égotique.
Le résumé du poème
Tous les oiseaux du monde se réunirent un jour et s’interrogent ainsi : il n’y a pas de pays sans roi. Comment se fait-il cependant que le pays des oiseaux en soit privé ? Ils décident d’un commun accord de partir à la recherche de ce monarque, mais où trouver ce qui n’existe pas ? Comment accéder jusqu’à lui et parmi les oiseaux, il y en a un qui se détache… La Huppe se présente elle-même comme guide ou sage, puisque elle fut la confidente de Salomon, je suis le messager des mondes visibles et invisibles, je connais Dieu et les secrets de la création. Elle porte sur sa tête une couronne de sagesse et sur son bec est écrit le nom de Dieu. Il existe un seul roi pour tous les oiseaux du monde, elle le connaît. Il connaît les secrets de la connaissance. Nous avons dit-elle, un roi légitime. Il réside derrière le mont le mot Qâf, dans la tradition musulmane, il encercle le monde terrestre. Là il faut vraiment aller vers l’inconnu puisqu’il est au-delà du monde. Ce lieu inaccessible et il ne saurait être célébré par aucune langue hormis celle des oiseaux. Il a devant lui plus de 100 000 voiles de lumière et d’obscurité dans les demeures visibles et invisibles, il n’y a personne qui puisse lui disputer son empire. La huppe présente ce roi aux autres oiseaux elle a la connaissance du roi et le chemin qui conduit à lui. Elle est donc là pour guider les oiseaux. De nombreux oiseaux vont lui expliquer même si ce voyage est magnifique, merveilleux, il ne souhaite pas le faire et d’autres prennent très vite l’envergure de la voie à emprunter. Inquiets, un certain nombre d’oiseaux vont exposer à la Huppe les raisons qu’ils ont de décliner son invitation. La huppe va répondre sans jugement à chacun. Vous l’aurez compris il s’agit là du dialogue intérieur de chaque Homme. Ce questionnement intérieur et le besoin d’être rassuré à la fois.
La huppe va leur expliquer le voyage et cela va attiser leurs angoisses et attachements aux désirs terrestres. L’amoureux Rossignol dit : toute la nuit je répète des chants d’amour, l’amour j’en suis spécialiste à quoi bon donc ce voyage ? Mon bonheur réside dans la beauté de la rose et c’est pourquoi atteindre le simorgh morgue est au-dessus de mes forces. Ô Rossignol, quoique la rose soit belle, sa beauté disparaît dans une huitaine de jours. La perruche verte comme la pistache, ornée d’un collier d’or, souffre d’avoir été emprisonnée dans une cage et aspire à la source de l’eau d’immortalité. Je n’ai pas la force de m’élever jusqu’au ciel du Simorgh. Oui bien sûr, j’en aurais envie mais là l’eau de la source à laquelle je m’abreuve tous les jours me suffit. Tu n’as pas l’amande, tu n’en as que l’écorce, il y a une nouvelle étape à franchir pour savourer l’amande. Le bonheur, le paradis n’est qu’un tout petit morceau de la plénitude. Le canard explique qu’il n’y a pas plus pur que lui sur l’eau, alors ce voyage est inutile. Tu t’endors mollement sur l’eau, une vague vient et t’emporte. Elle essaie de montrer l’illusion dans laquelle ils s’attachent et qui n’est que temporaire.
Nous sommes petits, faibles, impuissants… Il s’agit d’un autre type d’amour, et aussi d’un autre type de beauté. Il va falloir qu’ils exercent peu à peu leur regard. Dans sa grande bonté, le simorgh a construit un objet qui va les aider, c’est un miroir : le cœur. Le cœur regarde dans le cœur et tu y verras Son image. C’est la fin du voyage. C’est le cœur siège de l’amour inconditionnel, de l’amour avec une majuscule, de l’amour qui ne demande rien en retour et dans lequel on se perd parce que l’on renoue avec Ce Qui Est.
Le chemin vers le simorgh est une cartographie du cœur et sa route est jalonnée par 7 vallées. Chacune est une porte, une mort et une résurrection à soi-même. La première est la vallée de la quête où le désir de vérité s’éveille, puis vient celle de l’amour où l’on devient un feu ensuite, la vallée de la connaissance où la lumière commence à poindre. S’ensuit la vallée du détachement où l’on apprend à tout laisser derrière soi, puis vient l’océan de la vallée de l’unité, la stupeur de la vallée de l’émerveillement et enfin le silence absolu de la dernière étape, la vallée du dénuement et de l’anéantissement. Consumé, l’oiseau pèlerin doit sacrifier prudence, logique et tout ce qui l’enchaine, il apprend que le véritable amour est un sentiment inconfortable, un brasier qui purifie tout ce qui n’est pas essentiel. C’est par Grâce qu’il traverse ce feu. Il arrive à la vallée du détachement. C’est la vallée où l’on perd le besoin de posséder. Toute possession emprisonne, votre main elle-même. On y laisse non seulement les trésors du monde, mais aussi les désirs de l’esprit et les ambitions du cœur. C’est l’endroit où vous commencez à saisir que tout ce que vous pensiez être à vous n’était qu’un prêt consenti par la vie. Au coeur de cette dépossession, vous trouvez une liberté que nul richesse ne pourrai jamais acheter. De vallée en vallée les voiles de l’illusions se déchirent en Soi. Le véritable ennemi du pèlerin, le seul dragon qui garde le trésor n’est pas la nature difficile, c’est le petit roi qui trône en vous et qui murmure sans cesse : Moi, moi.
Alors comment la huppe parvient-elle à convaincre les oiseaux de faire le voyage ? Elle n’a pas clamé de discours sophistiqué, elle a fait ce que font les sages elle a conté des histoires. qui ciblent les tréfonds du cœur. Le conte est une goutte d’eau sur une âme déshydratée. Rencontrer le Divin c’est accepter de tout perdre l’image que l’on a de soi-même, son statut, son orgueil. Ce sont des petits pointeurs, des miroirs tendus aux âmes pour qu’elles puissent y voir leur reflet. La guérison de l’âme, se fait à dose homéopathique et permet de forcer une serrure intérieure méconnue. Le ciel empli se dégagea peu à peu pour laisser un sentier étroit où peu de cherchant s’aventurent. En effet, beaucoup s’y perdent ou périssent dans les précipices. Les rescapés dénudés de leurs beaux atours, déplumés, crasseux et desséchés perdirent tout sauf l’Essentiel. L’essence du Ciel. Au moment où tout semblait perdu pour les 30 oiseaux restant le palais du Simorgh se dévoilât devant eux majestueux. Le chambellan aux portes du royaume les ignora puis leur invectiva qu’ils n’étaient que des misérables pleurnicheurs plaintifs. Ils furent brisés et désespérés face à cette ultime épreuve. Le gardien du seuil attendri par leur détresse leur ouvrit les portes et ouvrit 100 rideaux de lumières. Ils entrèrent stupéfaits dans une salle vide, silencieuse où trônait un miroir. Tout ce cauchemar traversé pour cela ? Le gardien leur déroula l’histoire de leur vie, victoires et faiblesses, tout y était. Chacun se reconnu. lls comprirent qu’il ne s’agissait pas d’une majesté extérieure qu’ils venaient retrouver le souvenir. Il s’agissait de ce qu’il virent dans le miroir : 30 oiseaux unifiées Sî- Morgh en persan signifie les 30 oiseaux. De cette unification, unité émergea un oiseau Lumineux, un oiseau de feu qui n’était qu’eux-même. Le reflet du miroir qui a toujours été proche mais éloigné. La fusion de l’individu en l’unité était le trésor caché en chacun d’eux. Chacun reçu sa vérité. La goutte d’eau se souvint qu’elle avait toujours été océan. L’atome réalise qu’il est atome. Le chemin est sans chemin, il est et a toujours été là dans l’instant présent. Il est réalisation ultime et ineffable. Voilà vous êtes venus pour ça pour vous voir dans le miroir, le terme du pèlerinage c’est la rencontre avec Soi, les oiseaux dit le texte s’anéantirent à la fin, pour toujours, dans le Simorgh. Personne n’en revint.
Ce poème persan de la mystique Soufie semble comme le dit la Huppe proche de nous tous et dont on s’est éloigné. Il hurle sa Vérité et son actualité, tant il renvoie à l’unité de toutes les religions ou croyances de notre siècle torturé par les guerres en tout genre.
Le message vient de l’islam et se mire en toute religion et psychanalyse de Jung.
Tu es le Un sans second Islam Hindouisme, physique quantique, Ancien Testament, Bouddhisme.
Tout comme tous ces oiseaux le derviche errant, le saddhu, le sannyasin, l’avadhûta, le sage, l’ascète chrétien tous se dépouillent afin de se souvenir de l’Unique, l’Unité de nos âmes à la Source. Ce message de paix et d’universalité prend tout son sens en ces temps perturbés et dénués de sens.
Puisse ce Cantique des oiseaux vous monter que l’agitation de l’oiseau, de l’Homme peut et a toujours été amour et unité. Suivons la Huppe qui n’est autre que notre âme notre Maitre intérieur, notre Satguru.
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Author: Dalila Baha
