15 April 2026

Des infarctus expérimentaux sur des chiens dans un hôpital

Des infarctus expérimentaux sur des chiens dans un hôpital

Une investigation menée en Ontario, Canada, a mis en lumière les décennies d’expériences d’arrêts cardiaques menées sur des chiens au 6ème étage de l’hôpital St Joseph, à London. En l’espace de cinq jours, des recherches prétendument capitales ont été arrêtées. 

“C’est un lieu où l’on s’attend à soigner les crises cardiaques, et non à en provoquer”. Cette phrase vient de l’une des journalistes d’Investigative Journalism Bureau (IJB) dans son témoignage sur les coulisses de cette enquête à l’hôpital St Joseph, London. 

Documentation obtenue par des lanceurs d’alerte à l’appui, le parcours des chiens a été retracé depuis leur arrivée discrète par l’arrière de l’hôpital, cachés sous des couvertures, jusqu’aux cages du laboratoire du 6ème étage, l’institut de recherche Lawson. Depuis plusieurs décennies, des chercheurs ont mené des expériences pouvant durer jusqu’à trois heures afin de provoquer des infarctus sur des chiens dans le but d’étudier l’arrêt cardiaque chez les humains. 

Cette activité est qualifiée de “clandestine” dans l’article, mais elle ne l’est pas en réalité. En effet, elle est encadrée par une réglementation, comme dans la plupart des pays du monde. En milieu hospitalier, où se côtoient les soignants, les patients, les professionnels administratifs et techniques, les visiteurs, les ambulanciers et les agents de sécurité, une omerta est imposée sur cette activité potentiellement choquante sur le plan éthique. Cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de l’utilisation des chiens parce qu’ils sont les plus proches de nous.   

Les lanceurs d’alerte ont rapporté que de la musique était mise à plein volume afin de couvrir les aboiements et que les sacs de nourriture des animaux étaient jetés séparément des ordures ménagères pour que personne ne puisse faire le lien. Dans le même esprit, les employés ont reçu un courrier leur interdisant toute communication extérieure sur leur travail et les sites web de l’hôpital comme de l’institut de recherche (où d’autres animaux sont utilisés) ne mentionnent ni les animaux, ni l’expérimentation animale. 

“Des images prises à l’intérieur de l’établissement selon le personnel, montrent des chiens dans des cages, sans couchage. Sur une vidéo, un chien reste immobile après une intervention, gémissant sur un ton sifflant aigu”.

Entre le lanceur d’alerte qui décrit une situation qu’il juge inadmissible, où les chiens sont laissés seuls 23 heures par jour, et l’hôpital qui affirme que les animaux sont traités avec “compassion et respect et que leur bien-être demeure une priorité absolue”, deux manières de présenter les conditions de traitement des animaux s’opposent. 

A partir du moment où l’enquête a été rendue publique, l’hôpital a affirmé que les animaux bénéficiaient d’un suivi vétérinaire 24h/24 avec enclos extérieurs, socialisation et bien-être psychologique et l’institut de recherche a annoncé la cessation immédiate de l’utilisation des chiens dans ses programmes de recherche. Entre ce très court laps de temps (cinq jours), le ministre de l’Ontario s’est joint à l’indignation du public sur ces recherches qu’il qualifie “d’inhumaines”.

L’effet le plus spectaculaire est peut-être le départ de la directrice du laboratoire de recherche, peu de temps après la déclaration du ministre, suivi d’un communiqué du directeur de l’hôpital annonçant la mise en place prochaine d’un examen indépendant de ces recherches et d’un plan de transition pour les chercheurs et chercheuses afin de “minimiser l’impact sur leurs travaux qui ont permis des avancées majeures dans les soins et les traitements cardiaques”. Aucun élément formel n’a été apporté pour étayer ces “avancées majeures”

Devant la pression politique et publique, l’hôpital St Joseph s’est engagé à proposer à l’adoption les huit chiens encore présents dans le laboratoire. Cependant, il a été décidé unilatéralement par l’hôpital de ne pas communiquer le nom de l’organisme chargé du transfert et de la prise en charge des animaux jusqu’à leur adoption pour des raisons de “bien-être animal” et pour “accroître la volonté des gens de les adopter”. Il a été annoncé que cet organisme possédait une grande expérience avec cette race de chiens et un taux d’adoption supérieur à 90%. Personne n’a évidemment pu vérifier cette information qui a suscité la déception de The Beagle Alliance, association canadienne de longue date spécialisée dans la prise en charge des Beagles issus de la recherche. Ni les journalistes, ni le public n’auront jamais connaissance de l’état des animaux au moment de l’arrêt des expériences et de leur devenir

En parallèle, le ministre a déclaré que suite à l’enquête à venir sur ces recherches cardiaques de cet hôpital, une proposition de loi sera portée pour interdire l’utilisation des chiens et des chats dans la recherche. En fait, le projet de loi tel qu’il a été dévoilé ne prévoit pas d’interdire mais de restreindre les procédures invasives sur ces animaux, sauf à des fins spécifiques comme la recherche vétérinaire. L’élevage de chiens et de chats pour la recherche sera interdit dans l’Ontario, de même que des “interventions médicalement non nécessaires” telles que l’ablation des cordes vocales et des griffes, par exemple. 

Bien que des experts et défenseurs des droits des animaux ont exprimé leur inquiétude devant une législation qui oublie l’immense majorité des animaux utilisés dans l’expérimentation animale et qui ne place pas l’intérêt supérieur des chiens et des chats dans la recherche vétérinaire, ce projet de loi a été globalement présenté comme une avancée. 

Deux enquêtes ont été menées, l’une par le comité de protection animale, chargé d’approuver les projets de recherche du laboratoire concerné, et l’autre, par le conseil canadien de protection des animaux (CCAC) qui établit les lignes directrices sur l’utilisation des animaux dans la recherche. Le directeur du conseil canadien a invoqué des accords de confidentialité pour justifier la non-publication des résultats et les responsables de l’université à laquelle est rattaché le comité n’ont pas répondu aux demandes d’entrevue des journalistes. 

Un chercheur du laboratoire, Franck Prato, s’est en revanche exprimé sur Radio-Canada pour expliquer que ces animaux ne souffrent absolument pas, qu’ils ont un système cardiovasculaire fondamentalement identique aux humains et que de considérer qu’une vie de chien vaut plus que celle d’un million de patients le révolte. De plus, il a qualifié les lanceurs d’alerte de “mouchards” en indiquant qu’ils ont à tort interprété les gémissements des chiens. Ces paroles tenues publiquement par un chercheur ont non seulement pour but de discréditer les lanceurs d’alerte, mais aussi de décourager d’éventuels nouveaux témoignages, dans ce laboratoire ou dans un autre. 

IJB a pu recueillir l’avis d’un vétérinaire, impliqué dans l’expérimentation animale, suite à cette intervention et celui-ci a exprimé son désaccord et son malaise. En effet, il est impossible de dire que les animaux n’ont pas souffert durant les expériences et en post-anesthésie. Également, le manque évident d’indépendance des organismes enquêteurs peut biaiser les conclusions. Un ancien directeur du département des soins aux animaux et des services vétérinaires de l’université a confirmé ces biais d’intérêts. Il a préféré rester anonyme par crainte de représailles professionnelles. 

Finalement, même avec une enquête aussi approfondie et de nombreux témoignages, le résultat semble être un vague sentiment de gêne et des conséquences très locales et spécifiques. Pourtant, ces révélations auraient pu casser l’entre-soi qui persiste à tous les étages et motiver l’ouverture d’un vrai débat non seulement scientifique, mais aussi éthique.


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Author: Céline Cornayre