11 May 2026

Vers une recherche scientifique végane ?

Vers une recherche scientifique végane ?

Peter Singer fait partie des pionniers que nous devons remercier pour nous avoir éveillés aux souffrances animales en général et particulièrement dans la recherche scientifique. Dans La Libération animale, il met en avant l’incohérence de faire endurer des souffrances abominables aux animaux cobayes avec pour justification qu’ils ne sont pas aussi intelligents et conscients que nous. Ses comparaisons avec les humains ont été controversées et ses intentions déformées. Lorsqu’il compare la souffrance d’un humain avec un lourd handicap mental qui a le même niveau d’intelligence ou de conscience de soi qu’un animal utilisé pour l’expérimentation animale, son intention n’est pas de cautionner une expérimentation sur cet humain handicapé mais de démontrer que nous serions tous, à juste titre, choqués que cet humain serve de cobaye parce qu’il est handicapé mental, et que donc selon la même logique nous devrions rejeter les expérimentations sur les animaux.

C’est également Peter Singer qui nous a permis de connaître l’histoire  d’Henry Spira dans son livre Théorie du tube de dentifrice. Henry Spira est un personnage qui devrait être enseigné à l’école tant son parcours de vie et de militant est intéressant et inspirant. Né d’une famille juive, il fuit le nazisme en Europe et part vivre aux États-Unis. Marin puis syndicaliste, il défend les travailleurs et les Afro-Américains du racisme ambiant dans une époque de ségrégation raciale. Cette empathie et ce désir de défendre les plus défavorisés se porte naturellement vers la défense des animaux. Il découvre que des expérimentations sont menées sur des chats par l’American Museum of Natural History à New York. Il demande alors l’ensemble de la documentation publique sur les financements des chercheurs menant ces expérimentations et constate que pour étudier le comportement sexuel des chats, depuis une quinzaine d’années des chercheurs les mutilaient, leur sectionnaient des nerfs pour les priver de leurs sens, ou leur ouvraient le cerveau pour en amputer certaines parties. Leur objectif étant d’analyser leurs performances sexuelles. Ils sont allés jusqu’à faire avoir des rapports sexuels entre un chat, avec des lésions au cerveau, et une lapine, du fait qu’il ne la distinguait pas d’une chatte. Au-delà de l’effroi que peut nous procurer la pensée des souffrances qu’ont enduré ces animaux, mais qui n’émeut malheureusement pas une partie des humains qui restent insensibles, ou peu sensibles, aux souffrances animales, Henry Spira a ciblé sa stratégie militante sur l’inutilité de ces recherches qui étaient financées par de l’argent public. Il dénonçait : « Souhaitez-vous que vos impôts servent à mutiler des chats afin d’observer la performance sexuelle de félins estropiés ? ».
Dans une première phase, il cherche à convaincre le musée d’arrêter ces recherches, sans lui faire perdre la face, en le menaçant d’une campagne de communication détériorant son image publique. Suite à son refus de coopération, il réussit à médiatiser l’affaire et organise des manifestations qui engendrent de nombreux courriers de protestation transmis au musée ; il contacte les sponsors du musée pour dénoncer ces pratiques et fait publier des publicités dans les journaux pour les rendre publiques ;  il crée des tracts dénonçant le laisser-faire de la présidence du musée en nommant le président ainsi que les chercheurs concernés de façon à discréditer leur propre image publique et personnelle. La situation se politise du fait des financements de ces expérimentations par de l’argent public. L’ensemble de ces actions de pression a permis après plusieurs années de faire cesser ces expérimentations.

Il est important de noter qu’Henry Spira n’a pas pris une position qui aurait paru antivivisection pour le seul motif de l’éthique que nous devrions avoir envers les animaux, mais il a cherché à démontrer que ces recherches étaient totalement inutiles et gaspillaient des centaines de milliers de dollars d’impôts. Son acharnement non agressif mais déterminé et constant, dans des actions variées et argumentées,  a permis d’établir une pression suffisante sur les différentes parties prenantes dans la durée, qui a abouti à cette belle victoire animaliste.

Au travers d’autres campagnes, Henry Spira a également réussi à contraindre des entreprises privées, utilisant l’expérimentation animale pour les produits qu’elles commercialisaient, à financer des recherches pour trouver des alternatives à l’expérimentation animale. Les recherches ont permis de développer des méthodes non animales validées scientifiquement.

Toutes les stratégies pour faire avancer la protection animale peuvent avoir des effets positifs. Toutefois, dans une société contemporaine à grande majorité spéciste, le pragmatisme est davantage entendu, notamment des décideurs.

Aujourd’hui encore certains chercheurs pratiquent l’expérimentation animale pour mener des recherches dont l’intérêt utilitariste est parfois limité voire nul. La directive européenne 2010/63/UE adoptée en 2010, qui a été transposée en droit français, fixe un cadre juridique obligeant les chercheurs à respecter la règle des 3R. Un comité d’éthique doit étudier les justifications d’un recours à de l’expérimentation animale qui doivent démontrer qu’elles ont Remplacé les animaux lorsque d’autres méthodes existent, Réduit au maximum le nombre d’animaux utilisés, « Raffiné » les pratiques, ce qui consiste à diminuer les souffrances des animaux. Depuis un certain temps un quatrième R est aussi pris en compte par certains chercheurs avec la Retraite des animaux n’ayant pas subi d’expérimentations trop sévères et pouvant rester en vie. Certaines associations se sont d’ailleurs spécialisées pour recueillir ces animaux et les placer.

La recherche française est à un haut niveau mondial, bien que malheureusement en déclassement progressif du fait du manque de moyens financiers. La recherche scientifique est primordiale et nous devons la soutenir car elle contribue à une amélioration de notre quotidien, permet d’anticiper et de trouver des solutions aux problèmes à venir, provoqués notamment par le réchauffement climatique. Toutefois, nous pouvons constater un manque de formation continue aux méthodes non animales de certains chercheurs habitués aux tests sur animaux, un manque de formation dans les universités auprès des étudiants qui vont être amenés à devenir chercheurs, un manque de financement de la recherche de méthodes non animales pour trouver des alternatives, et pas suffisamment de projets de recherche de méthodes non animales proposés par les chercheurs en activité.

C’est la raison pour laquelle à Montpellier, une des plus anciennes villes universitaires encore actives avec une tradition médicale ininterrompue depuis le Moyen Âge, nous avons organisé un colloque avec la Ville, la Métropole et l’association Transcience, dont l’objectif était de présenter les formations aux méthodes non animales à des étudiants et à des chercheurs en activité. Animé par Muriel Obriet, cofondatrice de Transcience, il a permis aux intervenants Sophie Pautot fondatrice et DG de la start-up  Synaxys et Jérémy Cramer fondateur et DG de la start-up Cherry Biotech d’aborder le fruit de leurs expertises et de la palette de méthodes non animales existantes.

La recherche a beaucoup évolué avec des méthodes in vitro, in silico, l’intelligence artificielle, les organes sur puce, les organoïdes, la culture cellulaire et l’ingénierie cellulaire 3D et même 5D. Ces technologies sont expliquées par les différents intervenants du colloque dans le lien suivant : Conférence sur les formations aux méthodes de recherche non animales, organisée par Montpellier

Inciter les étudiants et les chercheurs à s’intéresser et à se former à ces méthodes non animales, et les encourager à soumettre des projets de recherches de méthodes non animales, est une première étape nécessaire pour parvenir un jour à la fin de l’expérimentation animale.

La deuxième étape sera de trouver des financements publics et privés pour leur permettre de financer ces projets de recherche, pour qu’un jour l’ensemble de notre société accepte de se passer totalement de l’expérimentation animale.  Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui en Europe. Toutefois, l’avenir est prometteur puisque la Food and Drug Administration des États-Unis a récemment supprimé l’obligation de tester les nouveaux médicaments sur les animaux avant les essais sur les humains, considérant les méthodes alternatives validées comme suffisantes et permettant de déroger aux tests sur animaux.


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Author: Ariztegui Eddine