13 April 2026

Tuberculose bovine : la science conteste l’abattage des blaireaux

Tuberculose bovine : la science conteste l’abattage des blaireaux

À la lumière de plus de vingt ans de travaux scientifiques menés au Royaume-Uni, l’efficacité de l’abattage des blaireaux dans la lutte contre la tuberculose bovine apparaît de plus en plus contestée. Une réévaluation des stratégies sanitaires s’impose.

La lutte contre la tuberculose bovine en Europe repose encore, dans certains territoires, sur des politiques d’abattage de la faune sauvage, notamment des blaireaux (Meles meles). Pourtant, plus de vingt ans de recherches scientifiques au Royaume-Uni invitent à reconsidérer profondément l’efficacité et la légitimité de ces mesures.

À la fin des années 1990, le Royaume-Uni a lancé l’une des plus vastes études jamais menées sur le sujet : le Randomised Badger Culling Trial (RBCT), sous l’impulsion du scientifique John Krebs. Conduit entre 1998 et 2005 par un groupe scientifique indépendant, cet essai visait à évaluer l’impact réel de l’abattage des blaireaux sur la propagation de la tuberculose bovine.

Les résultats ont profondément marqué la communauté scientifique :

  • l’abattage dit « réactif » (après détection d’un foyer) a entraîné une augmentation d’environ 27 % des cas chez les bovins,
  • l’abattage « proactif » a permis une baisse locale, mais s’est accompagné d’une augmentation dans les zones périphériques,
  • au final, l’efficacité globale s’est révélée limitée et coûteuse.

Ces conclusions ont été confirmées dans le rapport final du groupe scientifique dirigé par John Bourne en 2007, qui affirme que l’abattage des blaireaux « ne peut contribuer de manière significative » au contrôle de la maladie.

Les travaux publiés dans des revues scientifiques de référence comme Nature et Proceedings of the National Academy of Sciences ont permis de comprendre ce paradoxe.

Des chercheurs tels que Christl Donnelly et Rosie Woodroffe ont montré que l’abattage perturbe l’organisation sociale des blaireaux. Cette perturbation entraîne une augmentation des déplacements, une modification des territoires, une intensification des contacts entre groupes.

Ce phénomène favorise la circulation de Mycobacterium bovis et peut, dans certaines conditions, aggraver la propagation de la maladieau lieu de la contenir.

Malgré ces résultats scientifiques, une politique d’abattage a été mise en œuvre en Angleterre à partir de 2013, avec plus de 230 000 blaireaux abattus. Si certaines baisses locales de la tuberculose bovine ont été observées, les effets globaux restent débattus et contestés.

Des travaux récents, notamment ceux menés par Rosie Woodroffe en 2024, suggèrent que la vaccination des blaireaux peut constituer une stratégie efficace et socialement acceptable.

Bien que cette étude reste encore limitée à certaines zones, elle montre :

  • une réduction de l’infection chez les blaireaux,
  • une bonne acceptabilité par les acteurs agricoles,
  • un potentiel réel dans une approche combinée avec les mesures appliquées aux bovins.

Les analyses épidémiologiques récentes convergent vers le constat essentiel que la transmission de la tuberculose bovine est principalement liée aux interactions entre bovins.

Les rapports indépendants dirigés par Charles Godfray (2018 et 2025) soulignent que la maîtrise de la maladie repose avant tout sur les tests sanitaires, la biosécurité et le contrôle des mouvements de bétail.

Ces éléments indiquent que la dynamique principale de propagation se situe au sein des troupeaux, le rôle de la faune sauvage, bien que réel, étant souvent surestimé dans le débat public.

Les nouvelles orientations du Department for Environment, Food & Rural Affairs privilégient :

  • la vaccination des blaireaux,
  • le renforcement des mesures sanitaires dans les élevages,
  • l’amélioration des tests de dépistage,
  • un contrôle accru des mouvements de bétail.

La fin progressive de l’abattage est désormais envisagée au Royaume-Uni à l’horizon de 2029.

La lutte contre la tuberculose bovine s’y oriente aujourd’hui vers une approche plus globale, combinant, la vaccination des blaireaux, la gestion sanitaire des troupeaux et des outils de surveillance améliorés. Cette évolution reflète une meilleure compréhension des dynamiques de transmission de la maladie et ouvre la voie à des stratégies plus efficaces, mais aussi plus respectueuses des équilibres écologiques.

À la lumière de ces données, une question centrale se pose chez nous : celle de la proportionnalité des mesures sanitaires.

Les éléments scientifiques accumulés depuis plus de vingt ans montrent que l’abattage des blaireaux présente une efficacité limitée, voire contre-productive dans certains contextes. Dans le même temps, des alternatives moins dommageables pour la faune sauvage existent et sont désormais mises en œuvre, notamment au Royaume-Uni.

Dans ce contexte, le recours à l’abattage massif apparaît de plus en plus contesté, tant sur le plan scientifique que sur le plan des politiques publiques.

L’évolution des politiques britanniques interroge les choix opérés ailleurs en Europe. Alors que le Royaume-Uni s’oriente progressivement vers des stratégies combinant vaccination de la faune sauvage et renforcement des mesures sanitaires dans les élevages, la question d’une adaptation des politiques françaises se pose. À l’heure où des alternatives existent et commencent à être mises en œuvre, privilégier des approches non létales pourrait constituer une voie plus efficace et plus conforme aux connaissances scientifiques actuelles.

  • Randomised Badger Culling Trial (RBCT), Independent Scientific Group on Cattle TB
  • Bourne J. (2007), Bovine TB: The Scientific Evidence
  • Donnelly C. et al. (2003, 2006), Nature
  • Woodroffe R. et al. (2006), Proceedings of the National Academy of Sciences
  • Godfray H.C.J. et al. (2018, 2025), revues indépendantes mandatées par le gouvernement britannique

Crédit photo : Joël brunet


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Author: Corinne Rolland