Univers du chiot : vente sans conscience
La marchandisation de l’animal-objet !
A l’origine de l’événement, l’entreprise Events’ Com.
Créée le 5 janvier 2015 située à Tinqueux dans le département de la Marne, son domaine d’activité est l’organisation de foires, salons professionnels et congrès. Events’Com s’est spécialisée dans l’organisation de salons consacrés aux chiots et aux chatons en France. Ainsi Event’s Com entretient et encourage le business « juteux » de l’animal marchandise, offrant à des éleveurs-commerçants, l’opportunité de l’argent facile.
Quel était donc cet univers installé les 21 et 22 mars à Andelnans (et non à Belfort), tant vanté à coup de vidéos sur les réseaux sociaux ?
Sur Instagram un « réel » annonçait : « ce week-end, événement spécial dans votre ville. Venez découvrir le salon « Univers du chiot ». Plus de 50 éleveurs se sont déplacés de toute la France pour vous proposer plus de 50 races de chiots […] En exclusivité vous aurez le droit à la formation du chiot proposée par tous les éleveurs en partenariat avec les salons « Univers du chiot»…
Défense Animal Belfort- D.A.B. fermement opposée à la tenue de ces marchés aux animaux, pour toutes les raisons déjà évoquées dans nos précédents articles, s’est rendue sur place, en visite d’observation, le dimanche 22 mars 2026.
Au milieu de l’entrée, nous remarquons une pancarte, posée sur un socle, sur laquelle une information manuscrite, en écriture rouge, signale : « Nous n’avons plus de chatons sur le salon. Merci de votre compréhension. »
De grands panneaux, rappellent la législation en vigueur pour l’achat d’un chien et les conseils pour « accueillir un animal de compagnie qui est un acte d’engagement sur le long terme. »
Un panneau nous interpelle. Il s’agit de la contribution de 30 euros demandée à chaque «adoptant» présentée sur le site de l’événement comme étant reversée à des associations de protection animale locales., On peut lire sur ce panneau : « En 2025, 20 000 euros reversés, 32 associations soutenues, 625 euros par association. »
Aucune information n’est clairement donnée sur les associations bénéficiaires, ce qui pose un problème de transparence vis-à-vis du public mais aussi un problème d’éthique concernant les associations qui accepteraient ce genre de don.
Enfin nous remarquons que l’article 521-1 du code pénal cité sur un panneau d’affichage n’a pas été mis à jour. Nous le signalons à l’accueil en précisant que les sanctions concernant l’abandon ont été renforcées par la loi du 30 novembre 2021, au même titre que les sévices graves et actes de cruauté et sont fixées à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.
Vente ou adoption ?
On lit partout : « Adopter au sein d’un évènement Events’Com c’est choisir l’engagement. »
Belle formule ! mais pourquoi détourner le sens lexical ?
En effet, acheter un animal chez un éleveur, n’est pas une adoption. Il s’agit d’un acte de vente sous contrat signé par l’acheteur et le vendeur. L’acheteur devient propriétaire de l’animal. C’est un acte juridique.
Pourtant l’animal n’est pas une marchandise. Il n’est pas un objet
Alors ? l’utilisation du verbe « Adopter » développe-t-elle dans l’inconscient de l’acheteur, le sentiment d’un accueil responsable ? Sans doute !
Rappelons que la loi du 16 février 2015 consacre dans le code civil une disposition à part entière relative à l’animal, en son nouvel article 515-14 : « L’animal est un être vivant doué de sensibilité. Sous réserve des lois qui le protègent, il est soumis au régime des biens. » Par cette reconnaissance les animaux ont été extraits de la catégorie des biens car ils ont désormais un statut, celui d’être vivant doué de sensibilité. L’animal n’est plus un bien mais il n’est pas une personne, c’est pourquoi pour sa protection il est soumis au régime des biens. Cela implique que la famille qui va l’accueillir, en l’occurrence son propriétaire , en est responsable et doit s’engager à prendre soin de lui.
Banalisation de l’achat d’un être vivant doué de sensibilité réduit à l’état de marchandise
Sur place les animaux sont installés dans des petits bacs garnis de sciure. Ils ont de la nourriture et de l’eau propre mais dans des seaux beaucoup trop haut pour les tout-petits. D’autres « plus chanceux » sont placés dans des parcs grillagés.
Des affiches trompeuses masquent le caractère commercial par le titre : chiots à adopter.
Sur la plupart des stands, des panneaux incitent à l’achat impulsif, non réfléchi, non préparé, par des propositions de facilité de paiement en 4 fois sans expliciter les frais d’entretien nécessaires, (ce qui, ajoutés à un étalement des paiements risque de provoquer des difficultés financières. )
Des visiteurs sans gêne passent outre les interdictions affichées et caressent les animaux.
Sur un stand on peut lire : « élevage professionnel spécialisé dans les races suivantes : Dobermann, Américan Bully, Berger Australien, Golden, Shiba, Dalmatien, Cocker Anglais et Américain. Facilité de paiement jusqu’à 4 fois. Sur un autre stand la quantité de chiots de différentes races, présentés à la vente par l’éleveur nous amène à nous interroger sur les conditions intensives de reproduction, et sur les connaissances de l’éleveur concernant les caractéristiques et besoins de chacune de ces races si diverses»
Pendant notre visite, nous assistons au retour d’un chiot acheté sur le salon d’Andelnans au cours du week-end et ramené à son éleveur !
Une production répondant à un phénomène de mode
La commercialisation à outrance, l’appât du gain et l’absence d’éthique conduisent à la « production » de races de chiens, de plus en plus nombreuses, mettant en péril la santé de ces animaux, par des manipulations génétiques aboutissant à la création de chiens malades tels que les « hypertypes ».
Ne soyons pas dupes, ces marchés aux chiots et aux chatons sont une source de revenus pour les éleveurs souvent plus importante qu’au sein d’une structure plus ou moins rentable.
Les éleveurs sérieux et respectueux de leurs animaux, ne sont pas présents dans ce genre d’événement.
Ces commerces lucratifs représentent un danger pour les animaux mais continueront à se propager tant que le législateur n’y mettra pas un terme.
C’est bien ce qu’une salariée de l’entreprise Events’Com, au demeurant très aimable, nous a laissé entendre après nous avoir affirmé que les éleveurs avaient été soigneusement sélectionnés par l’organisateur, tous, très professionnels, rigoureusement en règle et contrôlés par un vétérinaire sanitaire régional.
On peut se demander sur quels critères a eu lieu la sélection : races présentées, tenue de l’élevage… Y-a-t-il eu vérification ? Car si l’on s’en tient au nombre de races et d’animaux présentées sur certains stands cela laisse plutôt perplexe…
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Author: Chantal Girot
