Projet controversé d’élevage de primates destinés à l’expérimentation. Le CNRS ignore les recommandations du garant du débat public et de son propre comité d’éthique
Le 16 février 2026, le CNRS annonce la poursuite du projet d’extension de son élevage de primates non humains sur la commune du Rousset près de Marseille, faisant fi tant des recommandations du garant du débat public que de celles de son propre Comité d’éthique.
Ce projet de plus de 30 millions d’euros financé dans le cadre du plan France 2030 a pour objet d’héberger 1800 primates afin d’en « produire » environ 250 chaque année, destinés à être vendus à des laboratoires de recherche publics français. Il a donné lieu à une concertation publique à l’automne 2025 et à la rédaction d’un rapport par le garant du débat public publié le 16 décembre ainsi qu’à un avis du comité d’éthique du CNRS (le COMETS), saisi par le président du CNRS sur la question de l’utilisation des animaux à des fins scientifiques, publié le 27 janvier.
Les porteurs du projet (délégation Provence – Corse du CNRS) ont confirmé dans leur réponse du 16 février leur volonté de poursuivre le projet, évacuant totalement l’avis des citoyen(ne)s largement opposé(e)s au projet, les recommandations du garant de même que les conditions préalables posées par le Comets.
Les 5 recommandations du garant – réunion de restitution publique, démarche de concertation continue, nouvelle sollicitation de la Commission nationale du débat public, précisions sur le champ des questionnements éthiques et les dilemmes se rapportant à l’utilisation de primates dans la recherche, poursuite de la phase d’information et de participation du public – sont rapidement évacuées par le CNRS, qui, sans doute agacé par les nombreuses critiques publiques, se contente de proposer le respect de la réglementation (sic) et le maintien « d’un dialogue ouvert et constructif ». Il assimile à dessein la communication sur le projet à de la concertation. Les personnes opposées au projet n’auront ainsi plus la possibilité de poser des questions qui dérangent et de faire valoir leurs arguments.
De son côté, dans sa conclusion, « le COMETS estime que le projet de CNP ne pourrait être acceptable qu’aux conditions suivantes : 1. Réaliser une instruction scientifique collective contradictoire ; 2. Dresser une trajectoire précise de réduction de l’utilisation des PNH en recherche académique ».
Contrairement à ce que prétend la direction du CNRS dans sa réponse, il s’agit bien de conditions préalables à la mise en œuvre du projet de CNP.
Cet avis du Comets mentionne aussi les « tensions croissantes entre et au sein de certaines communautés » du CNRS et les « logiques d’intimidation institutionnelle à l’encontre de ceux qui s’interrogent sur le sujet ou questionnent les pratiques scientifiques en vigueur ». Une directrice de recherche, Virginie Courtier-Orgogozo, membre du Comets, va même jusqu’à exprimer une « position divergente » en s’opposant au projet. C’est une première, qui révèle de réelles dissensions au sein même de l’organisme.
Les porteurs du projet ne peuvent se prévaloir d’une réflexion éthique, n’ayant jamais inclus d’éthiciens dans leur réflexion à aucune étape de celui-ci. Certes, le CNRS reconnaît que : « les animaux impliqués dans la recherche scientifique, et en particulier les primates, sont des êtres sensibles, capables de ressentir la douleur, le stress et la souffrance. Cette reconnaissance fonde une obligation morale de respect et de considération ». Mais il ne tire pas les conséquences de ces constats, se contentant de faire référence à l’application des 3R (remplacer, réduire, raffiner) sans même concevoir que le « respect » dû aux « êtres vivants doués de sensibilité » devrait interdire toute maltraitance à leur égard. Les 3R, au demeurant, ne constituent que des règles de bonnes pratiques, pas des principes éthiques.
L’obstination des porteurs du projet est fort dommageable tant pour la recherche que pour les animaux car des arguments sérieux plaident en faveur d’une révision de celui-ci.
Pour la période 2021-2023, la France a utilisé en moyenne annuelle 747 primates non-humains, hors réutilisations, pour la recherche fondamentale ou appliquée, contre 181 au Royaume-Uni et 118 en Allemagne. Pourtant, ce différentiel ne s’explique pas par une meilleure performance des laboratoires français en termes de publications scientifiques utilisant des primates, puisque les équipes de recherche françaises publient moins que celles du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Cette surconsommation de primates par rapport à nos voisins semble davantage liée à une évaluation insuffisamment rigoureuse des projets en amont. D’ailleurs, près de la moitié des projets utilisant des primates en France n’aboutissent à aucune publication. Cette analyse rejoint également les observations formulées dans l’avis du COMETS.
Elle peut également s’expliquer par des choix de sujets de recherche peu compatibles avec le critère de stricte nécessité des recherches utilisant des animaux (art. L214-3 du code rural). En quoi des projets portant sur la lactation chez les babouins ou l’effet des variations saisonnières sur la compétition sexuelle chez le microcèbe (projets autorisés en 2023 et 2025) seraient-ils strictement nécessaires ? Il ne s’agit pas de thématiques liées à des maladies graves et invalidantes, qui pourraient éventuellement justifier l’utilisation d’animaux doués de sensibilité selon les termes du code civil.
En réalité, aucune étude prospective n’a été réalisée pour déterminer quelle pourrait être le nombre d’utilisations de primates dans 10 ou 15 ans.
Un projet injustifiable sur le plan économique
Ce projet prévoit 31 millions d’euros d’investissements et un budget de fonctionnement de 5,1 millions par an. Ce ne sera certes pas la première fois que la France gaspillera de telles sommes pour financer un projet sans avenir, mais n’y aurait-il pas de meilleurs usages de l’argent public, y compris pour des projets de recherche ?
Notons que le coût de revient de chaque primate utilisé sera de l’ordre de 24 500 euros (incluant l’amortissement de l’investissement sur 30 ans), soit un coût supérieur au prix actuel du marché international. Le CNRS a indiqué qu’il vendrait chaque animal 10 000 euros aux laboratoires demandeurs, organisant donc un déficit structurel de son centre, que l’argent public devra couvrir.
Un projet à réviser dans son ensemble
Pourtant, avec davantage de rigueur dans le processus d’évaluation des projets et une politique volontariste en faveur des méthodes innovantes non-animales, pour lesquelles d’autres pays mobilisent des centaines de millions d’euros, il n’y a aucune raison pour que la France ne suive pas la même voie vertueuse que l’Allemagne et le Royaume-Uni, ou encore les Pays-Bas dont le Parlement a voté en 2025 l’arrêt de la subvention de leur centre de primatologie d’ici 2030. L’utilisation de PNH en France en 2032 pourrait ainsi être inférieure à 100 individus par an et le dimensionnement du centre national de primatologie devrait être divisé par trois.
Antidote Europe :
Collectif Vauclusien de Protection Animale :
Observatoire de l’Expérimentation Animale :
Transcience :
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Author: Roland Cash
