La peine de la mort n’a pas été abolie en France
Il y a 45 ans, la France abolissait la peine de mort par une loi du 9 octobre 1981. Elle était le dernier pays d’Europe à le faire. Les pendaisons en place publique et la guillotine ont ainsi été reléguées à un passé archaïque. La France pouvait se glorifier d’avoir réalisé un progrès civilisationnel : ne plus venger les victimes en commettant le même acte que le meurtrier et ne plus prendre le risque d’une erreur judiciaire devenue irréversible par la mort du condamné. Cette étape a été renforcée en 2007 par l’introduction de cette abolition dans la Constitution française. Ces dispositions sont pourtant massivement et quotidiennement violées. Alors que la Journée mondiale pour l’abolition de la peine de mort est célébrée partout le 10 octobre, il est urgent de dénoncer cette injustice et surtout d’y remédier.
La peine de mort est encore pratiquée en France
Chaque jour : 3 200 000 animaux terrestres sont tués dans les abattoirs (égorgés, électrifiés ou gazés), plus de 70 000 animaux sauvages sont tués à la chasse, plusieurs milliers d’animaux meurent dans la souffrance des suites d’expériences de niveau sévère en laboratoires et environ 300 chats et chiens abandonnés ou errants sont « euthanasiés » dans certaines fourrières. Les animaux aquatiques tués par la pêche sont si nombreux que leur décompte individuel est impossible : on parle d’environ 1500 tonnes d’animaux tués quotidiennement. Métaphoriquement, les guillotines et les bûchers n’ont donc pas disparu pour les animaux.
Ces chiffres effarants passent sous les radars de l’opinion publique. Le mal commis aux animaux est banalisé et institutionnalisé : il est légal de tuer ces animaux, ce n’est pas sanctionné et cela est même parfois encouragé et financé par l’État.
Ces mises à mort ne sont pas justifiables
D’un point de vue éthique, il est impossible de fermer les yeux sur ces mises à mort. Elles sont qui plus est accompagnées d’atroces souffrances. Il suffit de regarder les vidéos des lanceurs d’alerte sur les abattoirs, les parties de chasse ou les laboratoires d’expérimentation animale pour le réaliser. S’il s’agissait d’humains, on parlerait de meurtres, d’assassinats ou même de génocide. Mais comme il s’agit d’animaux, ces crimes sont considérés comme « normaux ». Pourtant, si l’on suit la sémantique appliquées aux humains, cela nous mène à la réflexion suivante : peut-on justifier un meurtre parce qu’il provient d’un loisir, parce que la chair de l’animal est goûteuse ou que l’animal abandonné est devenu une charge et doit donc être éliminé pour supprimer cette charge ?
En droit pénal, certaines circonstances permettent de déresponsabiliser l’auteur d’un meurtre, notamment de l’état de nécessité et la légitime défense qui justifient, à des conditions précises, qu’une personne commette une atteinte contre une autre personne ou un bien lorsque l’atteinte était indispensable à sa propre survie. Pour les meurtres d’animaux que nous avons évoqués, il n’existe aucune situation qui obligerait à commettre ces mises à mort, à défaut de quoi nous serions nous-mêmes en péril.
Prenons le cas des abattages d’animaux en vue de leur consommation. Beaucoup de Français pensent que ne pas manger de chair animale entraîne des carences alimentaires pouvant altérer leur santé, ce qui les « obligerait » à en consommer. Ces croyances n’ont pas de fondement scientifique. L’ANSES a publié en 2025 deux rapports majeurs qui concluent à l’absence de risque des régimes végétariens bien équilibrés et complémentés en vitamine B12[1]. Ils reconnaissent les bénéfices préventifs de cette nutrition sur le diabète, certains cancers et les cardiopathies. En conclusion de cela, il peut être avancé que les animaux dits « de consommation » sont tués non pas parce que « la société ne peut pas faire autrement », non pas parce que les consommateurs sont dans un état de nécessité qui feraient qu’ils mettraient leur santé en danger s’ils ne mangeaient ni poisson ni viande, mais parce que le goût de leur chair prime sur la considération de leur vie. Ils sont tués par choix, pour le plaisir des papilles, tout simplement pour le plaisir.
Un autre exemple, celui de la chasse. Se lever le matin et, en guise de loisir, prendre sa carabine et ses cartouches pour aller tirer sur des animaux ne devrait pas être autorisé dans une société moralement avancée. Quant à la chasse dite de « régulation » qui se prétend indispensable à préserver les cultures, les poulaillers ou les nouvelles pousses d’arbres de forêts « gérées » pour le commerce du bois, elle pourrait être immédiatement stoppée. Un rapport du Musée national d’histoire naturelle a établi l’inutilité totale de la chasse de « régulation ». Il conclut que cette chasse ne diminue pas les populations d’animaux concernés et ne réduit pas les dégâts causés aux cultures[2]. L’arrêter ne conduirait donc pas à une pénurie de denrées agricoles ou à la faillite de l’agriculture. En revanche, le même rapport souligne l’énorme coût financier de cette chasse, perfusée à coup de subventions sur les deniers publics. Ces subventions pourraient être réorientées vers la recherche et à la mise en place de méthodes non létales de protection des cultures. Nous serions alors dans une société digne, une société qui a vraiment cessé de tuer.
Ces actes, selon une logique de droit pénal « humain », seraient donc non seulement qualifiés de meurtres mais encore ne pourraient être excusés par aucune obligation. Ils seraient « injustifiables ». La Justice avec un grand « J » voudrait que cette logique de droit « humain » s’applique également aux animaux.
Il est important de faire attention au vocabulaire quand on parle de la violence
Le langage n’est pas neutre. Il peut servir à dénoncer mais il peut aussi servir à dissimuler. Lorsque le vocabulaire masque la violence, il y a alors non pas une mais deux violences : la violence commise par l’acte initial et la violence de la rendre invisible par l’emploi de « mots écrans ». Lorsque des millions d’animaux meurent chaque jour alors que leur vie pourrait être épargnée, il faut employer les bons mots : ce sont des peines de mort. Il est trompeur de les nommer « consommation », « élimination d’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts», « tradition », « nécessité scientifique » ou « prélèvement ». Employer ces termes revient à collaborer avec l’oppresseur, collaborer avec celui qui tue. La collaboration commence avec le langage.
La peine de mort doit être abolie pour tous
L’article 66-1 de la Constitution dispose que « Nul ne peut être condamné à la peine de mort ». Malheureusement, le mot « nul » sous-entend ici uniquement « les humains ». En cela, cet article participe à une injustice fondamentale : considérer que seule l’espèce humaine doit être protégée, alors que les animaux ressentent la douleur, des émotions et tiennent à leur vie comme les humains. Les animaux ne sont pas des objets, ils ne sont pas des ressources, ils ne sont pas à notre service, ils n’existent pas pour notre profit. En 2018, j’écrivais : « La peine de mort a été abolie pour les humains coupables, il est temps qu’elle soit abolie pour les animaux innocents »[3]. Cette pensée est toujours d’actualité malgré les vidéos de lanceurs d’alerte qui circulent sur les réseaux sociaux, où l’on voit de nos yeux les mises à mort atroces et massives d’animaux. La notion d’animalicide que je développais dans un article paru en 2023[4] et qui signifie « meurtre volontaire des animaux » n’a toujours pas été reconnue par le droit. Pourtant, les atteintes volontaires à l’environnement dites « écocides », le sont depuis plusieurs années. L’environnement a plus de droits qu’un animal. Les pouvoirs publics se refusent à réellement protéger les animaux tout simplement parce qu’ils soutiennent un réseau lobbyiste puissant qu’une telle protection fragiliserait. Ce faisant, ils entretiennent un système incohérent, bancal, fait de contradictions et de mensonges, aussi bien dans la législation que dans la culture et l’éducation.
Une évolution morale doit voir le jour. À l’aube de l’élection présidentielle de 2027, les maires qui accordent leur parrainage de même que les électeurs doivent privilégier la paix aux fusils, la justice à l’injustice, la vie à la mort. Les maires qui auront à donner parrainage devront prendre cette donnée en compte. Une politique qui finance la mort franchit une ligne rouge. Douchka Markovic, la candidate du Parti animaliste a fait cette promesse de campagne : abolir la peine de mort pour les animaux. C’est LA candidate à soutenir pour une société juste envers les animaux.
[1]https://www.anses.fr/fr/content/regimes-vegetariens-effets-sur-la-sante-et-reperes-alimentaires
[2]https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0006320726000273?via%3Dihub
[3]https://citations.ouest-france.fr/citation-yael-angel/peine-mort-ete-abolie-humains-129855.html
[4]https://www.nouvelobs.com/opinions/20230420.OBS72385/pourquoi-il-est-urgent-de-reconnaitre-le-terme-d-animalicide.html
Crédit photo : L214
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Author: Yaël Angel
