Canards maltraités commercialisés par Carrefour
Pour la première fois, L214 publie ce mercredi 16 septembre une enquête dans un élevage de canards de Barbarie élevés pour leur viande, à Sèvremoine, dans le Maine-et-Loire*. 11 500 canards y sont enfermés sans litière, chacun disposant d’à peine plus que la surface d’une feuille A4. Bec mutilé, griffes coupées, plumage souillé, lésions aux pattes, animaux paralysés, cadavres au sol… Ces oiseaux aquatiques n’ont jamais vu d’autre eau que celle d’une pipette. Au ramassage à destination de l’abattoir, ils sont attrapés par le cou, jetés et bourrés avec violence dans les caisses de transport. Ces canards sont vendus sous la marque Carrefour Extra. La comédienne Aure Atika, qui commente ces images, interpelle Carrefour et lui demande d’écarter ces produits de ses rayons et de signer le Plant Protein Pact pour limiter la part de l’élevage intensif dans ses rayons.
L’association porte plainte pour mauvais traitements contre l’élevage et Carrefour auprès de la procureure de la République du tribunal judiciaire d’Angers.
11 500 canards sur une grille de plastique, sans un point d’eau
11 500 canards de Barbarie vivent dans ce bâtiment fermé, sur un caillebotis de plastique qui couvre toute la surface, sans un mètre carré de litière. Chaque animal dispose d’environ 700 cm², à peine plus que la surface d’une feuille A4. Ces canards sont maintenus sur un caillebotis dur et nu, alors que l’EFSA recommande pour les oiseaux aquatiques un sol plein recouvert d’une litière meuble. Leurs pattes sont couvertes de plaques brunes et croûteuses caractéristiques de pododermatites (inflammation de la peau).
Le plumage est souillé sur la quasi-totalité des animaux. Des canards, pattes écartées, ne peuvent plus se déplacer par eux-mêmes. Des cadavres restent au sol parmi les vivants.
Pour boire, ils n’ont qu’une pipette au-dessus d’une coupelle de quelques centimètres. Aucun dispositif du bâtiment ne permet à ces oiseaux aquatiques de plonger, ne serait-ce que la tête dans l’eau.
Le canard de Barbarie est un oiseau aquatique de forêt marécageuse. Le seul texte européen consacré à son espèce est la recommandation du Conseil de l’Europe du 22 juin 1999, un texte contraignant pour la France. C’est sur la base de ce texte que la France a établi, suite à une campagne de L214, l’interdiction des cages individuelles dans les élevages de canards destinés au foie gras. Dans la note de service qui organise cette interdiction, le ministère de l’Agriculture écrit que la Commission européenne considère ces recommandations comme faisant partie intégrante du droit de l’Union européenne.
La recommandation décrit la journée du canard comme une séquence qui se répète : manger, se baigner, lisser ses plumes, se reposer. Le lissage vient après le bain et il est « nécessaire pour l’étanchéité et la thermorégulation ». Quand le bain est impossible, le texte exige des installations qui permettent aux canards de « couvrir leur tête avec de l’eau » et de « projeter de l’eau sur leur corps sans difficulté ». Dans ce bâtiment, aucun de ces deux comportements n’est possible : la coupelle d’une pipette ne permet ni de couvrir la tête, ni d’asperger le corps.
Sur la place disponible par canard, deux textes institutionnels de référence :
- la même note de service du ministère de l’Agriculture écrit qu’« un canard au repos occupe 1 000 cm² au sol », et qu’il en couvre 2 000 dès qu’il bat des ailes,
- l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments, a établi en 2023 qu’il en faut 4 061 pour qu’un canard puisse se mouvoir, explorer et se toiletter : près de six fois plus qu’ici.
Canards empoignés par le cou et balancés dans des caisses
À l’issue de la période d’engraissement de 83 jours, en 1 h 30, des ramasseurs ont vidé le bâtiment et ses 11 500 canards pour le transport à l’abattoir.
Ils les ont empoignés, le plus souvent par le cou, plusieurs à la fois dans chaque main puis les ont projetés violemment dans des caisses, entassés les uns sur les autres. Certains sont bourrés à deux mains, ailes ouvertes, dans une caisse déjà pleine.
Le règlement européen sur le transport des animaux, qui couvre le chargement, interdit de « soulever ou traîner les animaux par la tête, les oreilles, les cornes, les pattes, la queue ou la toison ». Et l’article 18.6 de la recommandation contraignante consacrée au canard de Barbarie proscrit ce qui est filmé dans cet élevage : « Les oiseaux ne doivent pas être portés la tête en bas ou seulement par les pattes. […] Les oiseaux lourds doivent être portés individuellement et placés un par un dans les conteneurs/caisses. » Un mâle Barbarie pèse environ 4,5 kg à cet âge : c’est un oiseau lourd au sens du texte.
L214 porte plainte pour mauvais traitements contre l’élevage, Terrena (groupement auquel adhère l’éleveur) et Carrefour auprès de la procureure de la République du tribunal judiciaire d’Angers.
Pour Aure Atika, comédienne : « Ce sont des canards, des oiseaux d’eau, et ils passeront leur vie entière sur une grille en plastique, sans jamais avoir eu l’occasion de nager dans l’eau. Ils sont entassés avec pour chacun l’équivalent d’une feuille A4, et on leur a coupé le bec pour éviter qu’ils s’entretuent dans de telles conditions. Au bout, il y a une barquette qu’on achète sans rien savoir. Je demande à Carrefour de renoncer à commercialiser la viande d’animaux élevés dans ces conditions et de s’engager à mettre tout en œuvre pour réduire la part de l’élevage intensif dans ses rayons en signant le Plant Protein Pact de L214. »
Un logo « Volaille Française » valide les mutilations
Les canetons arrivent à l’élevage le bec épointé et les griffes coupées. L’épointage a lieu au couvoir, au faisceau infrarouge, sur un bec que le Conseil de l’Europe décrit comme « richement innervé et pourvu de nombreux récepteurs sensoriels ».
Le texte applicable au canard de Barbarie ne tolère ces mutilations qu’à titre exceptionnel, sur autorisation et à condition qu’elles ne soient pas de routine. Il demande de traiter la cause d’abord, en changeant l’environnement et la conduite d’élevage. Ici, systématiquement, on coupe une partie du corps de l’animal pour l’adapter à l’élevage, au lieu d’adapter l’élevage à ses besoins.
La barquette vendue chez Carrefour porte le logo « Volaille Française ». Ce logo privé renvoie à un référentiel de la filière qui demande à l’éleveur de s’assurer d’une « réduction mesurée de la partie crochue » du bec et de la réduction des griffes des canetons de Barbarie, une mesure incompatible avec les exigences de la réglementation. Le même document exige des « abreuvoirs profonds pour que le canard de barbarie puisse immerger la tête », ce qui n’est pas le cas dans ce bâtiment.
Des canards vendus sous marque Carrefour Extra
La viande de ces canards est vendue sous la marque Carrefour Extra.
Dans Dans sa Charte Éthique Fournisseurs d’octobre 2024, l’enseigne engage pourtant chacun de ses fournisseurs à « respecter les réglementations en vigueur en matière de respect du bien-être animal » et à « bannir les actes de cruauté envers les animaux ».
En mai 2026 déjà, une enquête de L214 montrait des dindes et des dindons vendus sous la marque Simpl de Carrefour, dans un élevage de la même commune et du même groupement.
L214 demande à Carrefour d’écarter de ses rayons les produits de cet élevage et de tout élevage de canards conduit de la même façon : sans point d’eau, avec des animaux mutilés, soumis à de telles densités et sur caillebotis intégral.
L’association demande également à l’enseigne de s’engager dans le Plant Protein Pact, qui invite les enseignes de la grande distribution à réduire de moitié le nombre d’animaux tués pour leurs approvisionnements et à se détourner de l’élevage intensif d’ici 2030. Parmi les mesures : l’arrêt de la publicité et des promotions sur les produits issus de l’élevage intensif et la proposition d’alternatives végétales, dont au moins une doit être moins chère que son équivalent carné.
À propos de L214
L214 est une association de défense des animaux utilisés comme ressources alimentaires. Lanceuse d’alerte, elle mène un travail d’enquête et d’information sur les conditions d’élevage, de transport et d’abattage des animaux en France.
Depuis sa création en 2008, l’association a diffusé plus de 175 enquêtes qui ont contribué à ouvrir le débat public sur les pratiques de l’industrie agroalimentaire et à susciter des évolutions réglementaires ainsi que des engagements d’entreprises.
Suivie par plus d’un million de personnes sur les réseaux sociaux, L214 compte 63 000 membres. L214 agit pour faire reculer les pires pratiques pour les animaux et favoriser la transition vers une alimentation végétale. Son objectif ? Réduire de moitié le nombre d’animaux tués d’ici 2030.
* Les images datent des mois de juillet et d’août 2026.
** Plant Protein Pact : Engagement des enseignes de grande distribution à réduire de moitié, d’ici 2030, le nombre d’animaux tués pour l’alimentation, en visant en priorité les produits issus de l’élevage intensif et de l’aquaculture.
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Author: L214 Ethique & Animaux
