15 September 2026

La Marche des Animaux revient à Paris

La Marche des Animaux revient à Paris

« Les animaux sont d’autres nations, des compagnons eux aussi prisonniers de la splendeur et du labeur de la Terre. »  Henry Beston (1888-1968) écrivain et naturaliste américain.

Le 4 octobre, pour sa deuxième édition parisienne, les animaux investiront à nouveau les Champs-Élysées.

Il y a quelque chose de singulier à imaginer des chiens défilant sur les Champs-Élysées.

Cette avenue, qui a connu les armées victorieuses, les grands défilés nationaux et les manifestations politiques, accueillera un cortège d’un autre genre : celui de la Marche des Animaux, organisée à l’occasion de la Journée mondiale des animaux.

Des chiens et leurs humains, des familles, des amoureux des animaux… L’image est joyeuse, presque insolite. Mais derrière les sourires et les photographies se pose une question autrement plus profonde : quelle place accordons-nous réellement aux animaux dans notre société ?

La Marche des Animaux est née à Nice, en 2022, à l’initiative d’Henry-Jean Servat. Son ambition : créer un grand rendez-vous populaire autour des animaux, en privilégiant la rencontre et la sensibilisation plutôt que l’affrontement.

Après Nice, la Marche a gagné Paris en 2025, investissant les Champs-Élysées. Le symbole était fort.

Nos animaux de compagnie vivent à nos côtés, mais ils demeurent trop souvent des êtres dont la présence doit rester discrète, tolérée ou réglementée. Pourtant, ils ne sont pas des objets. Ils ressentent la peur, la douleur, le plaisir et l’attachement.

Cette réalité devrait être le point de départ de toute réflexion sur notre rapport aux animaux.

Le 4 octobre, les amoureux des chiens auront également rendez-vous avec la Sausage Walk, littéralement la « marche des saucisses », qui réunira les passionnés de teckels.

Le spectacle prêtera certainement à sourire : des dizaines de ces petits chiens à la silhouette reconnaissable parcourront ensemble les rues de la capitale. Mais derrière cette apparente légèreté se cache aussi une question que la cause animale ne peut éluder : que faisons-nous aux animaux lorsque nous les façonnons selon nos goûts ?

La silhouette du teckel n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une sélection humaine ayant accentué certains caractères morphologiques. Lorsque cette recherche esthétique est poussée à l’extrême, elle peut conduire à l’hypertypage et affecter le bien-être de l’animal.

Chez le teckel, cette morphologie très allongée peut notamment favoriser certaines atteintes discales et vertébrales. Le problème n’est donc ni le teckel lui-même ni l’affection que lui portent ses maîtres, mais la frontière parfois ténue entre la sélection d’un caractère esthétique et la création de caractéristiques susceptibles de compromettre sa santé.

Il ne s’agit évidemment pas de reprocher aux propriétaires d’aimer leurs compagnons. Il s’agit de nous interroger collectivement sur les limites à fixer lorsque nos préférences peuvent avoir des conséquences sur leur bien-être.

Aimer les animaux, c’est aussi accepter de regarder ce qui dérange.

La cause animale possède une particularité fondamentale : ceux dont nous défendons les intérêts ne peuvent eux-mêmes les porter dans la rue. Alors nous marchons pour eux. Nous parlons pour eux. Nous nous battons pour faire évoluer les lois qui les protègent.

Mais cette responsabilité doit aussi nous conduire à questionner une évidence longtemps tenue pour acquise : le droit que l’être humain se reconnaît de disposer des animaux comme de simples ressources.

Qu’ils soient nos compagnons, des animaux d’élevage, des animaux sauvages ou encore utilisés pour le divertissement et l’expérimentation, tous sont des êtres sensibles. Leur valeur ne devrait pas dépendre de l’utilité que nous leur attribuons.

Un animal n’a pas besoin de nous être utile pour mériter notre considération.

Cette réflexion dépasse largement le cas des animaux de compagnie. Dans nos villes vivent aussi hérissons, oiseaux, chauves-souris, insectes, amphibiens et, parfois, renards. Pour certaines espèces, la ville est devenue un refuge ; pour d’autres, elle demeure un territoire semé de dangers : circulation routière, bétonisation, pollution lumineuse, disparition des haies et artificialisation des sols.

Nous avons pourtant les moyens d’agir autrement. Une haie, une mare, une prairie fleurie, un nichoir ou un passage à faune peuvent permettre à d’autres espèces de continuer à vivre à nos côtés.

Une ville plus accueillante pour les animaux, c’est aussi une ville qui prévoit des espaces ombragés et des points d’eau lors des fortes chaleurs, qui facilite une cohabitation apaisée avec les animaux de compagnie, qui lutte contre les abandons et qui prend en compte les animaux lors des situations de crise.

Il ne s’agit pas de transformer nos villes en sanctuaires impossibles à habiter. Il s’agit simplement de reconnaître que nous ne sommes pas la seule espèce à avoir des intérêts dans le monde que nous partageons.

Le 4 octobre, les Champs-Élysées retrouveront leur agitation habituelle. Les chiens rentreront chez eux, les teckels regagneront leurs paniers, et Paris poursuivra sa course.
Mais, pendant quelques heures, quelque chose aura changé.
Une avenue conçue depuis toujours à la mesure des hommes aura été parcourue par d’autres êtres vivants : des animaux que nous croisons chaque jour, mais dont nous oublions parfois qu’ils ont eux aussi une sensibilité, des besoins, des peurs et des désirs.
C’est peut-être là que réside le véritable sens de cette marche : non pas seulement faire marcher les animaux dans la ville, mais nous inviter, nous, à changer notre regard sur ceux qui la partagent avec nous.

Henry Beston les appelait « d’autres nations ». C’est une belle manière de nous rappeler que le monde qui nous entoure ne s’arrête pas aux frontières que nous avons nous-mêmes tracées et  de nous rappeler toujours que les animaux y ont toute leur place.

Le 4 octobre, Paris leur ouvrira donc sa plus belle avenue. Pour quelques heures seulement. À nous de faire en sorte que, le reste de l’année, ils y aient aussi leur place.

Photo IA


L’article La Marche des Animaux revient à Paris est apparu en premier sur Savoir Animal.


https://savoir-animal.fr/wp-content/uploads/cropped-favicon-noir-fond-transparent-1-32×32.png

Aller à la source
Author: Guillaume Prevel