Renards, martres, corvidés… One Voice attaque l’arrêté qui condamne des millions d’animaux jugés nuisibles
Tous les trois ans, un arrêté du ministère de l’Écologie désigne, département par département, les animaux sauvages catégorisés ESOD - « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » - que les chasseurs et les piégeurs peuvent tuer toute l’année, y compris en dehors des périodes de chasse. Le nouvel arrêté vient de paraître : neuf espèces concernées, quatre-vingt-treize départements, et un classement qui s’élargit même pour trois d’entre elles. One Voice engage un recours devant le Conseil d’Etat.
Renards, fouines, martres des pins, belettes, corneilles noire, pies bavarde, corbeaux freux, étourneaux sansonnet, geais des chênes. Voici la liste des animaux considérés comme ESOD - « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ». Le ministère de l’Ecologie vient de publier son nouvel arrêté triennal régissant ces ESOD. Celui-ci n’allège rien.
Les renards sont désormais classés dans trois départements de plus qu’en 2023, les pies bavardes dans cinq de plus, les étourneaux sansonnet dans quatre de plus. D’autres espèces reculent dans le décompte, mais avec des exceptions commune par commune. Au bout du compte, quatre-vingt-treize départements restent concernés.
L’Etat autorise à tuer les martres, pourtant en déclin en France
C’est le point le plus scandaleux du texte. Les martres des pins restent classées dans quatorze départements Aisne, Ariège, Aube, Cantal, Cher, Corrèze, Creuse, Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Puy-de-Dôme, Pyrénées-Atlantiques, Saône-et-Loire, Haute-Savoie.
Ces animaux bénéficient d’une protection européenne particulière : on ne peut autoriser à les tuer que si l’on démontre, chiffres en main, que l’espèce se porte bien. En mai 2025, le Conseil d’État avait justement annulé leur classement, faute de données fiables et à jour. Le ministère affirme aujourd’hui disposer de ces données. Mais aucune méthode reconnue ne permet de compter les martres en France — un rapport de l’inspection du ministère de l’Écologie lui-même l’écrivait noir sur blanc en 2024. Et leur biologie invite à la prudence : elles se reproduisent tard, n’ont qu’une portée par an et peu de petits. Au Royaume-Uni, un piégeage intensif a suffi à faire disparaître les populations anglaises. En France, les observations des vingt-quatre dernières années et les chiffres de piégeage des quinze dernières laissent penser que l’espèce décline fortement.
Tuer ces animaux ne fait pas baisser le nombre de dégâts
Le classement ESOD est censé protéger les cultures, les élevages, les propriétés ou la santé publique. Aucune étude ne montre qu’il y parvient. Plusieurs institutions se sont pourtant penchées sur l’utilité de ce classement.
Une étude du Muséum national d’Histoire naturelle publiée en 2026 conclut que ces mises à mort massives ne réduisent pas les dommages — et qu’elles coûtent plus cher que les dégâts qu’elles sont censées éviter.
L’étude CARELI en apporte la démonstration la plus parlante. Entre avril 2021 et janvier 2025, dans le Doubs, des chercheurs ont comparé des communes où l’on chassait les renards à d’autres où chasse et piégeage avaient été suspendus. Là où l’on a cessé de les tuer, les renards n’ont pas « pullulé » : leurs populations se régulent d’elles-mêmes. Et les attaques sur les poulaillers n’ont pas augmenté. Ce qui protège réellement les volailles, c’est une clôture bien conçue et un abri sécurisé.
L’inspection générale du ministère de l’Écologie (2024) a comparé la France à sept autres pays : aucun n’a fait le même choix, et sa recommandation était explicite — ne pas reconduire cet arrêté, réserver la mise à mort au dernier recours. Le ministère l’a finalement reconduit.
À qui profite le dispositif
Le classement ESOD permet de continuer à tuer des animaux quand la chasse est fermée, et d’étendre la pratique du piégeage. Au total, environ 1,7 million d’animaux sont tués chaque année à ce titre — soit près de 5 millions sur la durée d’un arrêté.
Et les méthodes utilisées sont toutes plus barbares et cruelles. Un piège laisse l’animal se débattre, parfois des heures, quand il ne tue pas directement, dans un dispositif incapable de faire le tri. Un chat, un hérisson, un animal protégé peuvent s’y prendre. Les renards subissent en plus le déterrage : des chiens les acculent au fond de leur terrier, on creuse jusqu’à eux, on les extrait à l’aide de longues pinces, puis on les achève au fusil ou à l’arme blanche. Le nouvel arrêté reconduit ces pratiques.
Pour les fédérations de chasseurs et les associations de piégeurs, c’est un enjeu de loisir derrière leur prétendu acte civique de « régulation ». Ce sont d’ailleurs ces mêmes acteurs qui alimentent le système : les dégâts justifiant le classement sont déclarés par les intéressés, puis compilés par leurs fédérations, sans contrôle indépendant ni expertise scientifique. Un dispositif qui repose sur la parole de ceux qui en bénéficient ne peut pas être considéré comme objectif.
Ces animaux rendent pourtant des services que l’on oublie : les renards consomment des milliers de rongeurs par an et chaque espèce tient sa place dans les chaînes alimentaires. Les éliminer en masse peut aggraver précisément les problèmes que l’on voulait résoudre.
One Voice dépose un recours devant le Conseil d’État
Face à un poulailler attaqué ou à une culture abîmée, l’État avait le choix. Il a choisi le fusil, le piège et la pince, alors que d’autres solutions existent, qu’elles sont documentées et qu’elles protègent mieux. Il a reconduit le déterrage des renards. Le maintien des martres, dont personne ne sait combien elles sont, ajoute une illégalité à l’injustice - mais le problème n’est pas que cette liste soit mal faite. C’est qu’elle existe. One Voice va déposer un recours devant le Conseil d’État pour obtenir l’annulation de cet arrêté.
« Les rapports existent, les études existent, la décision du Conseil d’État existe. Le ministère les a tous sous les yeux, et il signe quand même trois années supplémentaires de piégeage et de déterrage. On ne demande pas à l’État de nous croire : on lui demande de démontrer que ces millions de morts servent à quelque chose. Il ne le fait pas, parce qu’il ne peut pas. Nous nous battrons pour que plus aucun animal ne soit considéré comme nuisible. », déclare Muriel Arnal, présidente de One Voice.
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Author: One Voice
