3 August 2026

Quand la forêt brûle, que deviennent les animaux ?

Quand la forêt brûle, que deviennent les animaux ?

Les images des incendies qui touchent actuellement la Gironde sont impressionnantes. On y voit des flammes, des panaches de fumée, des pompiers mobilisés et des canadairs en action. Mais derrière ces images se cache une autre réalité, bien plus discrète : celle des milliers d’animaux qui vivent dans ces forêts.

Le chevreuil peut courir. Le geai peut s’envoler. Mais qu’en est-il d’un hérisson, d’une salamandre ou des jeunes oiseaux encore au nid ?

Les grands mammifères perçoivent généralement le danger avant l’arrivée des flammes. Guidés par l’odeur de la fumée, la chaleur ou le bruit, ils quittent souvent la zone à temps. Les sangliers, les renards ou les chevreuils peuvent parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre un secteur plus sûr.

En revanche, les espèces qui se déplacent lentement ont beaucoup moins de chances d’échapper à un incendie. Les hérissons, les tortues terrestres, de nombreux amphibiens, les escargots ou encore une multitude d’insectes vivent au ras du sol, précisément là où le feu est le plus destructeur. Les jeunes oiseaux, encore incapables de voler, sont eux aussi particulièrement vulnérables.

Certaines espèces tentent de se réfugier dans un terrier, sous une souche ou dans une zone humide. Ces cachettes peuvent parfois les sauver, mais lorsque les flammes deviennent très intenses ou que le feu progresse rapidement, elles ne suffisent plus.

Un animal qui a survécu n’a pas forcément retrouvé une vie normale. Son territoire a parfois disparu. Les arbres creux où nichaient les chouettes ou dormaient les chauves-souris ont été détruits. Les fleurs qui nourrissaient les pollinisateurs ne sont plus là. Les insectes se font plus rares, ce qui affecte à son tour les oiseaux qui s’en nourrissent.

Pour beaucoup d’espèces, il faut alors partir à la recherche d’un nouveau refuge. Mais lorsque des centaines ou des milliers d’hectares ont brûlé, trouver un habitat adapté devient beaucoup plus difficile.

Les incendies ne font donc pas seulement disparaître des arbres. Ils bouleversent tout un écosystème, parfois pendant de longues années.

Cela ne signifie pas pour autant qu’une forêt brûlée est une forêt morte.

La nature possède une remarquable capacité de régénération. Dès les premiers mois, certaines plantes repoussent naturellement. Des insectes spécialisés colonisent le bois brûlé. Ils attirent à leur tour des oiseaux, notamment les pics, qui viennent s’en nourrir. Peu à peu, d’autres espèces reviennent.

Mais cette renaissance demande du temps. Beaucoup de temps.

Une forêt capable d’abriter une grande diversité d’animaux ne se construit pas en quelques années. Les vieux arbres, les cavités naturelles, le bois mort, les sols riches en champignons et en micro-organismes sont le résultat de décennies, parfois de siècles d’évolution naturelle.

C’est pourquoi les scientifiques insistent aujourd’hui sur l’importance de préserver des forêts riches et diversifiées. Une forêt composée d’arbres de différents âges, où les sols sont vivants et où les zones humides sont préservées, offre davantage de refuges à la faune et favorise son retour après une perturbation.

Les incendies qui ont touché la Gironde en 2022, puis ceux observés cette année, permettent d’ailleurs aux chercheurs de mieux comprendre la manière dont les animaux recolonisent progressivement les espaces brûlés. Les naturalistes suivent l’évolution des populations d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et de mammifères afin de mesurer la résilience de ces milieux et d’identifier les conditions qui favorisent leur rétablissement.

Cette capacité de résilience dépend aussi des choix que nous faisons.

Lorsqu’une forêt est protégée sur le long terme, sans exploitation intensive, elle peut progressivement développer une grande richesse écologique. Les vieux arbres apparaissent, le bois mort s’accumule naturellement, les cavités se multiplient et deviennent autant d’abris pour les oiseaux, les chauves-souris, les insectes et de nombreux petits mammifères.

C’est cette conviction qui guide l’action de Semeurs de Forêts. L’association acquiert des terrains afin qu’ils soient durablement préservés de toute intervention humaine et puissent évoluer librement. Lorsque cela est nécessaire, des plantations citoyennes permettent d’accompagner le démarrage d’un nouvel écosystème, avant de laisser la nature reprendre son rythme.

Car protéger une forêt ne consiste pas uniquement à préserver des arbres.

C’est aussi protéger tous les animaux qui y trouvent un refuge, parfois sans que nous les voyions.

Crédit photo : Dmytro Koplyk  sur Unsplash


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Author: David Buffault