10 July 2026

Un nouvel arrêté de destruction d’espèces animales sauvages : l’association Vétérinaires Pour la Biodiversité appelle les citoyens à se mobiliser

Un nouvel arrêté de destruction d’espèces animales sauvages : l’association Vétérinaires Pour la Biodiversité appelle les citoyens à se mobiliser

Saviez-vous qu’environ deux millions d’animaux sauvages appartenant à neuf espèces classées ESOD (Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts) dans le groupe 2* sont détruits chaque année en France, en raison de dommages induits (ou susceptibles d’être induits) par ces espèces animales ? Ces dommages annuels sont estimés entre 8 et 23 millions d’euros, alors que la valorisation des efforts produits pour tuer ces animaux se situe entre 103 et 123 millions d’euros (Synthèse publiée en 2026 par le Muséum National d’Histoire Naturelle).

Dénoncé par de nombreux scientifiques et associations, le dispositif ESOD est une exception française issue d’un mode de pensée archaïque. Il est régulièrement reconduit malgré son inefficacité avérée, une critique sévère des services internes de l’Etat, l’entretien d’une cruauté banalisée et des décisions régulièrement annulées par le Conseil d’Etat.

L’association Vétérinaires Pour la Biodiversité (VPB) appelle les citoyens à se mobiliser lors de la consultation publique en cours (lien vers la consultation publique) pour donner un avis défavorable au projet d’arrêté ministériel et exiger :

  • une révision complète du dispositif ESOD,
  • des données scientifiques transparentes pour justifier les classements,
  • une évaluation indépendante de l’efficacité des destructions, – le développement prioritaire des solutions non létales (prévention des dommages et indemnisation des agriculteurs.

Il ne s’agit pas ici de contester la réalité des dommages causés par les neuf espèces animales sauvages concernées, mais d’examiner avec précision les méthodes d’évaluation des dommages, les mesures prises pour les limiter, l’efficacité de ces mesures, la place accordée aux mesures non létales et les conditions éthiques de la mise à mort des animaux concernés.

En théorie, le classement ESOD ne peut intervenir que dans les territoires où sont observés des dommages importants ou si ces dommages risquent d’y survenir. L’inscription d’une espèce dans tout ou partie du département ne peut survenir que si l’un des quatre motifs suivants est démontré :

  • pour préserver l’intérêt de la santé et de la sécurité publique ; pour assurer la protection de la flore et de la faune sauvage ;
  • pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières ou aquacoles ;
  • pour prévenir des dommages importants à d’autres formes de propriété, par exemple potagers ou vergers de particuliers (ce quatrième motif ne concerne pas les oiseaux).

Le dispositif ESOD est principalement basé sur la destruction de ces animaux, parfois en tout temps, parfois en tout lieu et souvent sans limite de nombre. Ces destructions s’appuient essentiellement sur le tir, le piégeage et la chasse sous terre.

Dans son expertise collective publiée en 2023, la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) a publié une synthèse des connaissances de la littérature scientifique sur le dispositif ESOD et dresse un constat sans ambiguïté. La FRB souligne notamment l’absence de données quantitatives fiables sur les populations concernées, l’insuffisance des protocoles de suivi existants, l’impossibilité d’évaluer l’impact réel des destructions autorisées, l’absence de lien démontré entre destruction des individus et réduction durable des dommages.

Le rapport insiste sur un point central : il n’existe pas de corrélation scientifique solide qui établit un lien entre le classement ESOD et la réduction mesurable des dommages invoqués pour les justifier. C’est particulièrement le cas dès lors que l’on s’intéresse aux dommages sur la faune sauvage. Ce rapport a ainsi démontré que dans 70% des études, les destructions d’ESOD n’ont pas eu d’impact sur le déclin des populations des espèces de faune à préserver. Concernant le renard roux, les quelques études qui ont évalué les conséquences de leur destruction n’ont pas montré de réduction de leur abondance.

En 2025, l’Inspection Générale de l’Environnement et du Développement Durable (IGEDD) a révélé dans un rapport accablant une hétérogénéité extrême des pratiques entre départements, une absence de méthodologie nationale pour suivre les populations, et surtout aucune preuve de son efficacité.

Au-delà du gaspillage financier, le dispositif ESOD est susceptible d’aggraver les déséquilibres écologiques. En exterminant des prédateurs naturels comme les renards ou les fouines, on favorise la prolifération de ravageurs agricoles (campagnols, insectes…), ce qui peut aggraver les problèmes que le dispositif prétend résoudre, avec de potentiels effets négatifs en cascade sur la santé publique (maladie de Lyme, encéphalite à tiques et autres agents pathogènes véhiculés par les parasites des rongeurs comme les Hantavirus). Les éventuels bénéfices liés à la présence de ces prédateurs ne sont pas pris en compte, comme si une entreprise ne comptabilisait que ses dépenses sans tenir compte de ses recettes.

Il faut préciser que certaines méthodes utilisées – piégeage et chasse sous terre – sont associées à d’importants stress et souffrances, et sont non sélectives : elles blessent ou tuent des espèces non ciblées, parfois des espèces protégées ou des espèces domestiques. Lorsque les animaux sont capturés vivants, rien n’indique dans les textes réglementaires comment ils seront mis à mort. Il est seulement précisé que cette mise à mort doit se faire « sans souffrance », sans toutefois que le Code de l’environnement ne reconnaisse le statut d’être sensible de ces animaux sauvages (contrairement aux Codes civil, pénal et rural qui accordent ce statut aux animaux domestiques et aux animaux non domestiques hébergés).

Les propositions de VPB rejoignent celles du rapport « Vivre avec la faune sauvage » publié en novembre 2025 par l’Académie Vétérinaire de France :

  • une caractérisation objective et comparative des bénéfices écosystémiques et des dommages causés par chaque population concernée ;
  • des décisions fondées sur la preuve scientifique, à l’aide de structures de concertation réunissant l’ensemble des acteurs du territoire ;
  • dans une démarche éthique, la préférence donnée aux mesures de prévention non létales ;
  • une évaluation systématique des effets des actions engagées, afin d’ajuster les pratiques dans un processus itératif.

* Le groupe 2 concerne neuf espèces autochtones susceptibles d’être classées ESOD dans chaque département par arrêté ministériel triennal : renard roux (Vulpes vulpes), fouine d’Europe (Martes foina), martre des pins (Martes martes), belette d’Europe (Mustela nivalis), étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), geai des chênes (Garrulus glandarius), corneille noire (Corvus corone), corbeau freux (Corvus frugilegus), pie bavarde (Pica pica). Le putois d’Europe (Mustela putorius) a été retiré de cette liste en 2021 par le Conseil d’État.

Créée en 2023, Vétérinaires Pour la Biodiversité (VPB) rassemble aujourd’hui près de 5 000 vétérinaires adhérents et sympathisants (sur les 20 000 exerçants en France) engagés en faveur de la protection du vivant.  L’association fédère la profession vétérinaire autour des enjeux de destruction de la biodiversité et de conservation des espèces sauvages. Forte de l’expertise scientifique et médicale des vétérinaires, VPB mène des actions de plaidoyer, de sensibilisation, de soutien aux centres de soins pour la faune sauvage et d’expertise afin de faire entendre une voix scientifique indépendante au service de la biodiversité.


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Author: Vétérinaire Pour la Biodiversité